Les
Bishnoïs sont issus de communautés rurales, toutes
castes confondues, principalement Jâts, que l’on trouve
dans les régions arides de l’ouest de l’Inde,
au Rajasthan et les provinces limitrophes, où ils sont
dispersés dans un milliers de villes
et de villages, représentant une population totale
d’environ 600 milles âmes.
Les Bishnoïs sont principalement
des agriculteurs Hindous qui pratiquent le culte de Vishnou (Vaishnavisme)
et sont très attachés à Rama, un de ses avatars.
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Représentation
du dieu Vishnou |
Village
Bishnoï bien intégré dans son environnement |
C’est une secte religieuse et non
une ethnie ou une caste, dont la cohésion culturelle et
l’identité se forgent autour du respect stricte de
29 règles ou niyam.
Peu d’éléments culturels
ou ethnographiques les différencient des autres Hindous
Vaishnavistes de la région aride de l’ouest de l’Inde.
Toute personne qui vénère
Vishnou et intègre les 29 niyam dans sa vie sociale, religieuse
et matérielle, peut être considérée
comme Bishnoï, quelque soit sa caste.
Chez les Bishnoïs, comme partout
ailleurs en Inde, les mariages sont toujours restreints par l’appartenance
à une même caste mais un Bishnoï peu se marier
avec un ou une non Bishnoï.
L’observance des 29 principes a
d’autres conséquences très visibles sur l’environnement
et sur les coutumes.
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Dunes
de la région de Nokha habitée par les Bishnoïs |
Paysan
Bishnoï en train de faner des épis de millet |
Le Bishnoïsme est une secte fondée
par le gourou Swami Jambeshwar Bhagwan Maharaj, né en 1451
à Pipasar, un village du district de Nagaur dans l’actuel
état du Rajasthan.
Jambeshwar Bhagwan est le 42ième
descendant du Maharajah Vikramaditya de Ujjain (375-415) selon
le calendrier lunaire Vikram Samvata en vogue sous la dynastie
Gupta (an 320 à 535 de notre ère).
Son père Lohat ji Panwar était
un Rajput du clan Parmar et sa mère, Hansa Devi, appartenait
au clan Yadava (dynastie lunaire ou Chandravanshi) de la caste
des Kshatriya (caste des guerriers).

Les Rajputs, (en Hindi
« Raj » signifie roi et « Putra » fils),
forment la majorité des habitants du Rajasthan, autrefois
le Râjputâna, et une partie de celle du Gujarat.
Leurs royaumes se trouvant
près de la frontière Ouest, ils se sont trouvés
confrontés à la plupart des invasions Arabes et
Moghols. Les Râjputs, eux-mêmes, sont probablement
en partie des descendants d'envahisseurs, en particulier des Huns
hephtalites ou Shvetahûna, peut-être de Kouchans et
de Scythes, assimilés plus tard par les brahmanes (caste
des prêtres et des enseignants) à des Kshatriyas
(caste des guerriers) en remerciement pour leur lutte contre l'islam.
Son entourage s’attristant qu’il
n’ait toujours pas de descendant à l’âge
de 50 ans, Lohat-Ji endura la pratique du tapasya (discipline,
ascèse) afin de renforcer sa foi et le rapprocher de dieu.
C’est ainsi qu’il rencontra
un Yogi qui le bénit lui et sa femme en prédisant
la naissance d’un fils qui sera différent de tous.
Et la prédiction se réalisa peu de temps après….
Effectivement, Jambeswar-Ji était
un enfant gentil et simple qui n’avait pas allaité
et ne parlait quasiment jamais. Un jour cependant, à l’âge
de 7 ans, il se mit à prononcer ce shahad adressé
à un Brahmane venu au chevet de son mutisme (parole poétique
chargée de sagesse) :
«
GURU CHINHO GURU CHIN PUROHIT »
Ensuite il a passé 25 ans à
travailler dans l’élevage dans sa région d’origine,
près de Pipasar
A l’âge de 34 ans (année
1486 de notre ère, soit le 8ième jour de nuit sans
lune du mois de Kartika selon le calendrier lunaire indien, qui
correspond au mois de novembre) Jambo-Ji commence à prêcher
une nouvelle religion du haut de la dune de Samrathal Dhora située
à 3 kms de Mukam dans le district de Bikaner. C’est
la naissance du Bishnoïsme.
Une sécheresse
catastrophique sévissait dans la région de
Marwar, et d’autres calamités ne cessaient
de s’abattre sur le peuple, telles que les invasions
d’étrangers venus par l’ouest, les conversions
forcées à l’Islam, la manipulation de
faux prophètes, etc. Le peuple décida de s’exiler
en masse, avec les troupeaux, vers Malwa, dans l’état
voisin du Gujarat.
Jambo-ji alla à la rencontre de ces pauvres hères
qui avaient perdu leur foi et leur moralité en les
invitant au Pahal du haut de la dune de Samrathal où
il avait installé un petit campement pour les réfugiés.
La cérémonie
de l’eau qui a été bénite par
un mantra prononcé par Jambo-ji que l’on appelle
un Pahal, reste aujourd’hui encore l’acte de
foi qui célèbre la conversion au Bisnoïsme
ou le baptême des enfants. |

Dune de Samrathal
Dhora |
Il s’adressait aux gens sous forme
de poèmes ou de métaphores chargés de sagesse
appelées Shahads prônant l’art de vivre sur
terre en harmonie avec la nature comme un pas vers la Moksha (délivrance
du Samsara, la roue sans fin des renaissances).
120 shahads prononcés
par le gourou ont été recueillies par écrits
par ses disciples durant les 51 années d’existence
du Gourou, en langue Boli, un dialecte Rajasthani.
Et plus tard jusqu’à récemment, plusieurs
textes ont été révisés et traduits
en Hindi sous la forme d’une bible Bishnoï : le Shahad-vani.
En
complément de ses shahads parfois trop abstraits, et des
mantras Sandhya qu’il
récitait lors des prières, afin de rendre sa philosophie
accessible à tous, même aux plus pauvres, Jambo-ji
édicta une table de 29 commandements
faciles à comprendre et très explicites pour guider
chacun dans sa vie en promettant Moksha à ceux qui s’y
soumettrait dans « la Vérité de Vishnou ».
« JIYA
NE JUKTI AUR MARIYA NE MUKTI » « une vie ayant
du sens et Moksha après la mort. »
Comme le nombre 29 peut
se traduire BIS (vingt) NAU (neuf) dans une forme dialectale du
Hindi, on ne tarda pas à donner aux nouveaux adeptes le
nom de Bishnoïs…
La popularité de ces 29 règles et les miracles qui
seraient survenus au cours de son existence font de Jambo-ji la
réincarnation de Vishnou selon les millions de fidèles
qui ont été convertis à cette époque
et plus tard par ses continuateurs. En l’occurrence, à
cette époque de troubles, Jambo-Ji à participé
au rétablissement de la foi originelle, le Vaishnavisme
qui était menacé tout en favorisant la conversion
des musulmans à l’Hindouisme.
Il passa les 51 années
suivantes à prêcher dans tout le désert
de Thar et s’éteint à l’âge
de 85 ans (en 1536, le 9ièmejour du mois de Migsar
dans le calendrier lunaire
de l’ère Vikram) à Lalasar Dhora.
2 jours après, selon sa volonté,
on enterra sa dépouille sous un arbre Jaal (Salvadora
Oleiodes) à proximité de la dune de Samrathal,
dans le village de Talwa qui a été rebaptisé
Mukam (la destination) près de Nokha, district de
Bikaner.
Un temple a récemment été
bâti à Mukam, à proximité de
cette dune sacrée.
On dit qu’il se serait réincarné
en antilope noire…
D’autres sont persuadés
qu’il a atteint le moksha.
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Reliques sacrées
: les « tongues » de Jambo-Ji
conservées au temple de Pipasar. |
LA FOI
BISHNOÏ
Le Shahad-vani est le livre
saint des Bishnoïs. C’est un recueil de 120 versets
ou shahads que l’on récite à voix basse dans
l’intimité du foyer ou que l’on chante lors
des cérémonies dans les temples.
Il s’agit de prières
au dieu Vishnou, dont Jambo-ji loue le nom et la vérité
à travers lui, des sermons, des psaumes…Le Bishnoïsme
n’est qu’une forme de Vaishnavism comme le prouve
ce mantra qui revient constamment dans les prières Bishnoïs
:
“VISHNU
VISHNU TUU BHAJ RE PRAANI”
(Tu dois réciter le nom de Vishnou, Vishnou)
Prières chantées
« aarti » ici
Plusieurs versets sont spécifiquement
relatifs à l’environnement et à l’écologie,
au bienfait des plantes et au respect à l’égard
des animaux sauvages et domestiques, des insectes aux dromadaires…
Jambo-ji considère ce comportement bienveillant comme condition
nécessaire à une vie meilleure ici bas et comme
préalable à l’accès au Moksha.
En complément des shahads, on récite
aussi des mantras sandhya (prières védiques). Les
sept premiers versets du Shahad-vani sont récités
obligatoirement. Exemple de shahads « écolo »
:
Shahad 7
: KANY KATI BAN RAYO
Pourquoi coupes-tu les forêts ?
Shahad 9
: JEEVA UPPER JOR KARIJE, ANTKAL
HOYSI BHARU
Si tu exprimes ta force en molestant les animaux, la fin
de ta vie sera douloureuse
Shahad 10
: RE BINHI GUNHE JEEV KYON MARO
Pourquoi est-ce que tu tues les animaux qui sont innocents
?
Shahad 29
: ELOL SAGAR de
« elol » (Bonheur) et « sagar » (ocean)
MORE
DHARTI DIWAN BANESPATI BASO
Pour vous permettre de mieux vivre, nous avons créé
les plantes
Shahad 44
: KAY NA PALI JEEV DAYO
Pourquoi n’es-tu pas amical envers les animaux ?
Shahad 64
: JEEV VINASHE LAHE KARNE
Pourquoi est-ce que tu tues les animaux par égoïsme
?
Shahad 69
: SAR SANTEY ROOKH RAHE TO BHI SASTO
JAAN
Si un arbre peut être sauvé, même au
prix de la tête de quelqu’un, cela en vaut la peine
Shahad 85
: JAYO JEEV NA GHAI
N’occis point de créature vivante.
Les 29 règles
ou niyam
Commentées par Rajhender
Kumar Bishnoï www.bishnoism.com
et Bruno Delaroche
« UNTIS
DHARAM KI AKHARI, HIRDYE DHARIO JOYE, JAMBHEJI KIRPA KARI, NAM
BISHNOÏ HOYE »
« Celui qui suit honnêtement ces 29 niyam pourra porter
le nom de Bishnoï »
Panneau illustré
à vocation pédagogique reprenant les 29 niyams en
Hindi
1- TIS DIN SUTAK
: Observer une mise à l'écart de la mère
et du nouveau-né pendant trente jours après l'accouchement
(TIS = 30 ; DIN= jours ; SUTAK= mise à l’écart)
Le Sutak est très répandu
dans les familles en Inde, mais seuls les Bishnoïs prévoient
30 jours exactement. Durant cette période, la femme et
l’enfant pourront développer une relation privilégiée
et s’épanouir à l’écart des difficultés
extérieures tout en recevant une alimentation plus nutritive
favorable à la lactation. Le halwa est un pudding de semoule
de blé sucré au miel riche en ghee (beurre clarifié).
Le Sutak équivaut à une
forme de quarantaine.
Le plus souvent, les femmes Bishnoïs
suivent la coutume répandue dans toute l’Inde qui
consiste à retourner vivre chez leurs parents et y accoucher,
bénéficiant ainsi de l’attention des siens
et ne subissant pas la pression de leurs belles familles où
elles vivent toute l’année.
A l’issu des 30 jours, la maison
est nettoyée et l’on organise un Pahal Bavan (cérémonie
de l’eau bénite) pour baptiser le bébé
qui ainsi entrera dans la communauté Bishnoï
Un Sutak de 3 jours seulement est prescrit chez les Bishnoïs
en cas de décès dans une famille ce qui est peu
comparé aux autres communautés qui conservent le
corps à la maison une semaine ou plus avant de l’incinérer.
| 2- PANCH RITUVANTI
NIYARO |
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Ecarter la femme de toute activité
pendant 5 jours lors du début de ses règles.
Pour ne pas la fatiguer et respecter
une certaine hygiène dans toute la maison. Les rapports
sexuels sont proscris durant cette période.
3-
SAIRO KARO SINAN : Tôt, chaque matin, prendre un bain.
Encore une fois, le rituel
du bain est un trait de l’Hindouisme mais les Bishnoïs
précisent qu’il faut (il s’agit d’un
commandement) prendre un bain TOUS LES MATINS.
Dans le Shahad n°
104, Jambo-ji considère les vertus de l’hygiène
comme bien supérieures à celles offertes par l’or,
les soieries, les femmes, les éléphants, l’argent,
les chevaux, etc…
Le bain DOIT être
le premier acte physique pour débuter la journée
après avoir été aux selles et s’être
s’être lavé les dents, et ce afin de débarrasser
le corps de toute fatigue, toute souillure, et l’esprit
de toute mauvaise pensée pour bien débuter la journée.
Après le bain,
les Bishnoïs prient ou se rendent au temple avant de prendre
leur petit déjeuner.
Les Bishnoïs sont
parfois appelés à cet égard les Sinani, «
preneurs de bain » et leur propreté est de notoriété
publique en Inde. On dit qu’un trait tracé au pied
d’un Bishnoï est une barrière que ne franchissent
pas les démons et autres fantômes.
Propreté de corps et pureté
d’âme vont de pair. Au cours d’une enquête
judiciaire, le témoignage d’un Bishnoï sera
toujours considéré comme précieux.
4- SHEEL, SANTOSH,
SHUCHI PIYARO : Moralité, contentement, vertu.
SHEEL :
Bon caractère moral, bon comportement et humilité.
Le
sheel est prescrit dans les autres religions, qui, à
l’instar des Bishnoïs proscrivent les rapports
sexuels en dehors du mariage. Le sheel bien que non détaillé
est crucial pour le maintient de relations sociales saines.
SANTOSH
: contentement, satisfaction, bonheur.
Son principe inverse
est …l’avidité, qui n’ayant pas
de limite entraîne la perdition des âmes et
le déchirement des familles.
Il faut savoir
apprécier le fruit de ses efforts à leur juste
valeur et se satisfaire de sa condition et des petits bonheurs
de la vie sans visées inaccessibles qui deviennent
obsédantes.
SHUCHI
: Pureté, vertu, sainteté.
Entretenir pureté
extérieure (propreté du corps, de la maison,
du quartier, etc) et vertus intérieures (pensée
positive, amour, paix d’esprit et foi en Dieu).
Le Gourou a dit
qu’il fallait garder le sourire en toute occasion
et contrôler ses ses désirs. Ceux qui accèdent
à un niveau supérieur sont des saints… |
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Le saint swami Bhagirat Das Acherea
au temple Jajiwal près de Jodhpur.
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5- DWI
KAL SANDHYA KARO : Méditer deux fois par jour, en matinée
et en soirée, lorsque la nuit est encore séparée
du jour.
Sandhya est un moment qui apparaît
deux fois en 24 heures.
Sandhya
qui provient de la racine sandhi est un terme védique
qui signifie « jonction ».Alors que les védas
samhitas, qui comportent des centaines de livres saints,
dont le rig-veda, et des dizaines de milliers de versets,
étaient uniquement récités par les
Brahmanes, il a été décidé de
mettre à jour les mantras (prières) Sandhya
pour « faire la jonction/rejoindre » les gens
du peuple en leur rendant accessible une sélection
de mantras védiques indispensables. Le Sandhya de
l’aube, propice à la
rencontre direct e de dieu et à la méditation.
On fait des vœux
pour la journée
à venir.
Le Sandhya du crépuscule
est le moment idéal pour se recueillir et se confesser.
On fait un petit bilan personnel de la journée qui
prépare à un meilleur repos.
Les prières
sandhya mantras sont indispensables 2 fois par jour où
que l’on se trouve. |

Harsh, de la caste des Brahmanes,
récite les mantras du Shadavani Bishnoi au temple.
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6- SANJH AARTI GUN
GAO : Chanter la gloire du seigneur et ses vertus chaque soirée.
Après le recueillement personnel
du soir, chanter en famille l’aart qui s’adresse au
dieu Vishnou, est la meilleure transition vers la fin de la journée
et le début de la nuit.
L’aarti rythme
la vie des Bishnoïs et renforce les liens de la communauté.
A
droite : Un homme et son père récitent
le Shahad vani
Droite en bas : Les femmes Bishnoïs sont très
croyantes
En bas
: Une jeune femme Bishnoï mariée et voilée
et sa jeune sœur font le plusieurs le tour du temple
pieds nus en priant Jambo-Ji avant de rejoindre le feu sacré
et communier avec Vishnou.

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7- HOM HIT CHIT PRET SU
HOVE, TO BAS BEKUNTHE PAVE
Offrir l'oblation quotidienne au feu
saint avec un cœur rempli de sentiments de bien-être
de dévotion et d’amour.
Dans l’Hindouisme, la cérémonie
du feu sacré, havan, était réservée
aux seuls prêtres Brahmanes. Les Bishnoïs le démocratise
en permettant à chaque famille pieuse de l’accomplir.
Au cours du havan, on récite des
mantras védiques et des Shahad, tout en alimentant le Yajna
(feu lui-même) par des oblations préalablement bénies
tels que le ghee (beurre clarifié), le copra, la myrrhe,
des sucreries, du lait, du sucre, du yogourt, etc
La fumée aurait la vertu de purifier
l’air ambiant.
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Ghee
(beurre clarifié) |
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Le Yajna brûle quotidiennement dans
les temples alors qu’il est plus périodique dans
les maisons et qu’il est indispensable à certaines
occasions telles que mariages, baptêmes, décès,
aménagement dans une nouvelle maison, début d’un
nouvel emploi ou démarrage d’un chantier ainsi que
durant les grands festivals indiens tels que Holi, Diwali, etc.
A l’issue du Pavan, on distribue
aux dévots le Pahal (eau bénite à boire)
et tout est rangé pour laisser place nette.
8- PANI INDHANI
DUDH NE LIJO CHHAN : Employer l'eau
et le lait filtrés, et le bois de chauffage soigneusement
nettoyés (pour éviter que des insectes soient tués
ou brûlés).
Les Bishnoïs ont toujours sur eux
une pièce de coton propre qu’ils utilisent comme
un filtre pour verser l’eau qui a été stockée
en réservoir.
| L’eau du robinet peut être
bue directement. |
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9- BANI LIJO CHHAN : Etre attentif et
conscient de ses paroles.
Tout comme les fluides que l’on
avale, la parole qui coule vers autrui se doit également
d’être filtrée de ses impuretés (égo,
inimitié, critique, mensonges, mauvaises intentions, insultes,
outrage) afin de ne garder que politesse, précaution, égards,
intentions positives, vérité, et ne blesser personne.
Ce shahad de Jambo-ji prévoit
qu’un discours emprunt de gentillesse amènera automatiquement
la prospérité et la paix dans la vie. «
SUBACHAN BOL SADA SUHLALI »
Les mots qui sont prononcés, tels
des flèches qui sont décochées, ne reviennent
jamais et peuvent causer des tors irréparables. Un adversaire
potentiel avec la force de mots bien choisis peut être vaincu
sans dégâts collatéraux ni effusion de sang.
10- EKSHMA HIRDE DHARO
: Pardonner naturellement. Le pardon a plus d’effet que
la punition
Jambo-Ji à dit dans un Shahad
« JE KOI AVE HO HO KARTE, PANI HUY
JAYEO »
Si quelqu’un arrive en colère,
vous devez rester placide comme de l’eau et cette personne
deviendra elle-même placide.
11- DYA HIRDE DHARO :
Être compatissant.
Il faut rester bienfaisant et compatissant
envers tout homme et toute créature vivante et les aider
s’ils se sentent inutiles, malheureux ou souffrant.
Jeune femme Bishnoï
allaitant un bébé ET un faon orphelin de gazelle
12- CHORI BARJIO : Ne pas voler ou extorquer.
Ne pas accepter la corruption et les
pots de vin.
13- NINDA BARJIO : Ne pas dénigrer,
déprécier derrière le dos, quelqu'un.
Comme le recommande Jambo-Ji : «
JAMPO VISHNU, NA NINDA KARNI »
Il est plus bénéfique de
passer son temps à prier Vishnou qu’à critiquer
les autres
« NINDA KARE JIVARA
» : ce sont les ignorants et les rustres
qui critiquent le plus.
14- JHOOTH BARJIO : Ne pas mentir.
15- BAAD NA KARNO KOY : Ne pas se livrer
à l'opprobre et la mauvaise foi.
Dieu nous ayant doté de deux oreilles
et de deux yeux, mais seulement d’une seule bouche, nous
devrions faire usage de nos sens en proportion…
16- AMAVAS
VART RAKHNO : Jeûner et méditer la nuit de la nouvelle
lune. De AMA (ensemble) et VASYA (stationner).
Alignement lune, soleil, Terre…
L’absence
de lune symbolise la perte générale d’énergie
et de productivité. Nos corps étant en phase avec
l’univers, nous devrions aussi éviter les activités
physiques, les travaux, l’entreprise de projets et observer
une période de jeûne, de repos et de méditation.
Les Bishnoïs se réunissent
en méla (grands rassemblements de pèlerins) deux
fois par an dans tous leurs les temples,
lors de l’amavas Phalgun Budi (février-mars) et Ashivan
Budi (septembre-octobre) le dernier jour de la phase lunaire décroissante.
Dans les foyers et dans
les temples, des havan et des Pahal se tiennent deux fois par
mois au cours des amavas mensuelles..
17- BHAJAN VISHNU BATAYO JOY : Réciter
le nom de Vishnu en hommage à Dieu
La racine BHAJ signifie seva (service).
Ce service pieu consiste à réciter le nom de Vishnou
au maximum. Selon le Gourou, mourir sans avoir suffisamment récité
le nom de Vishnou promet une mauvaise incarnation. Il faut réciter
Vishnou.
Bien que l’on considère
Jambeswar comme l’avatar de Vishnou, le gourou ,lui, préférait
que l’on s’adresse au dieu « originel »
Vishnou, et non à l’une de ses incarnations supposées
telles que Rama ou Krishna. « Dieu lui-même en tant
que tel ne peut ni naître ni mourir… »
Bhajan
était une manière de détourner les gens de
l’idolâtrie qui avait cours à son époque.
« PHAN PREET FITA
KAR PRANI » « Oh, peuple, détournes-toi
des statues »
Quelques extraits de shahads qui exhortent
les Bishnoïs au bhajan :
« VISHNU VISHNU
TU BHAN RE PRANI » « Il faut
réciter Vishnou, Vishnu »
« VISHNU JAPNTE JEEBH JU THAKE,
TO JIBHARIYE BIN SARIYO »
Si ta langue est fatiguée de prononcer
le nom de Vishnou, alors, ta langue ne sert à rien
« JA JAN MANTRA VISHNU NA JAMPYO,
KANDH SAHE DUKH BHARU »
Ceux
qui n’ont pas récité le nom de Vishnou souffriront
« JAMPO VISHNOU NE DOY DIL KARNI
»
Prie Vishnou avec concentration d’esprit.
18- JEEV DAYA PALANI : Être compatissant
envers tous les êtres vivants.
Voir ici
les shahads correspondants.
Nous,
les Humains, n’avons pas le droit de tuer les autres créatures
vivantes pour nous nourrir ou assouvir des besoins et des envies
égoïstes. Etant incapable de créer un animal,
nous ne pouvons en détruire.
JEEV DAYA PALANI est
une forme d’Ahimsa (absence de volonté de tuer) que
l’occident traduit par « non violence » et dont
les Jaïns sont les plus stricts pratiquants. L’ahimsa
est un trait essentiel dans l’Indouisme et le Bouddhisme
et implique logiquement le régime végétarien
pour ses adeptes. Les Bishnoïs sont strictement végétariens
Ils ne mangent ni oeufs ni poissons. Ils évitent de couper
les branches vertes des arbres. Ils ne chassent pas et ne cueillent
pas les plantes sans raison.
Les Bishnoïs interviennent
si ce niyam est bafoué ouvertement dans leurs villages.
Il leur arrive régulièrement de s'interposer
entre un chasseur et une gazelle, et de secourir des animaux blessés.
Ce zèle a fait la réputation des Bishnoïs qui
tombent parfois sous les balles des braconniers…C’est
pour eux une mort digne. Ils sont fiers et courageux.
Ils mettent un point d’honneur à offrir à
la faune environnante, un peu de grain et d’eau chaque jour
dans la mesure de leur ressources disponibles.
19- RUNKH LILA NAHI GHAVE Ne pas détruire
les arbres verts (c'est-à-dire non morts).
Parmi les Hindous, les Bishnoïs
font figure d’exception en ce qui concerne les rites funéraires
puisqu’ils ne pratiquent pas la crémation afin d’économiser
le bois !
Les morts étaient seulement portés
au fleuve et donné au courant. A présent, ils sont
le plus souvent, enterrés, comme le fût Jambo-Ji.

Scénette
dessinée illustrant le sacrifice,de Khedjarli
: les femmes Bishnoï enlacent les arbres…
La pratique de l’élagage
est toléré, voire encouragée dans le désert
de Thar pour que l’ombre n’empêche pas le soleil
de chauffer la terre en hiver où a été semé
de l’arachide.
Cependant, les plus orthodoxes des Bishnoïs
considèrent cette pratique comme une infraction à
leur code.
20- AJAR JARE JEEVAT MARE : Dominer les
ajars (passions)
Les Ajars sont les 5 ennemis mortels
de l’Homme selon la tradition Hindouiste : convoitise, irritation,
envie, avarice et attachement.)
« Brûler » ses ajars
est un préalable à la délivrance promise
(Moksha).
«
JIVIT MARO RE JIVIT MARO, JIN JEEVAN KI VIDHI JANI »
Celui qui se sent prêt
à mourir a trouvé la véritable manière
d’exister.
Pour cela, il faut avoir
réussi à dominer et détruire ses ajars
«
VISHNU VISHNOU BHAN, AJAR JARIJE »
Réciter le nom de
Vishnou aide à brûler les ajars
21- KARE RASOI HATH SU, AAN SU PALLA NA
LAVE
Cuisiner soi-même
et ne pas accepter de nourriture préparée par un
fidèle d'une autre religion ou secte.
 |
C’est une
règle qui voulait protéger les Bishnoïs
de l’influence néfaste de l’alcool, des
drogues, de la saleté des gens de mauvaise vie qui
formaient une grande majorité au sein de la population
du temps de jambeswar-Ji.
De nos jours, les
Bishnoïs préfèrent se marier entre eux
bien que ce ne soit pas obligatoire, puisque le Bishnoïsme
n’est pas une caste, afin de s’assurer que la
communauté conserve une pureté physique et
morale et une cohésion religieuse.
Les Bishnoïs
sont libéraux. Ils acceptent la nourriture d’un
cuisinier non Bishnoï à condition qu’il
ne soit pas intoxiqué et qu’il ait une hygiène
irréprochable.
|
 |
Manger satvik (pur ou purifié…)
bénéficie à l’esprit et boire satvik
garantie une parole limpide…
22- AMAR RAKHAV THAT
Fournir un abri
commun (That) pour les chèvres et les moutons afin de leur
éviter l'abattoir.
Désormais, les Bishnoïs n’élèvent
quasiment plus ces animaux mais préfèrent élever
des buffles et des zébus. Le nom donné aux abris
est respectivement gaushala et bhainshala
Ces abris collectifs sont financés
et entretenus par la communauté. Ils permettent de garder
des animaux dangereux, malades ou trop vieux et leur épargner
l’abattoir.
23- BAIL BADHIYA NA KARAVE : Ne pas castrer
le taureau afin de lui épargner de souffrir.
24- AMAL SU DUR HI BHAGE
Ne pas consommer ou cultiver de l'opium
ou en faire le commerce.
Cette injonction concerne
également les dérivés de l’opium,
amal ou afeem en langue locale et les toxicomanes sont appelés
les Amli.
Ceux qui consomment la partie extérieure
des fruits de pavots (post ou doda) sont dits « posti
». |
 |
Offrir de l’opium,
principalement sous forme liquide, était une marque
d’hospitalité répandue dans le Rajasthan
au temps de Jambo-Ji et certains anciens conservent cette
tradition encore de nos jours. Les touristes étrangers
qui visitent la région de Jodhpur assistent parfois
à ce rituel. |
Cette niyam est également une loi
en Inde. Les contrevenants risquent de lourdes peines.
25- TAMAKHU SU DUR HI
BHAGE : Ne pas consommer ou cultiver du tabac et ses dérivés.
Une des principales causes non
naturelles de décès en Inde est le cancer
de la bouche des mâcheurs de paan
(chique de tabac et de noix d’arec).
|
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Il est plus rare de fumer encore la hukka
(pipe à eau) comme c’était le cas dans le
passé
26- BHANG SU DUR
HI BHAGE : Ne pas consommer ou cultiver du cannabis.
27- MADH SU DUR
HI BHAGE : Ne pas boire de boissons alcoolisées.
28- MANS SU DUR
HI BHAGE : Ne pas manger de plats de viande ou non-végétariens
29- LIL NA LAVE
ANG DEKTHE DUR HI TAYAGE : Ne pas utiliser de vêtements
teints en bleu
En Inde antique, cette couleur était
obtenue grâce à un arbre sauvage, l'indigotier (Indigofera
tinctoria), et c'est aussi la couleur de la mort.
« NIL MADHYE KUTCHIL
KARBA » « Le diable fait sa
sale besogne en étant habillé de bleu… »
Qui
plus est, les couleurs sombres, en absorbant plus de rayons solaires
nocifs, sont à proscrire dans le choix des vêtements
que JamboJi préfèrerait blancs ou très clairs.
Des vêtements blancs se salissent
plus vite ce qui oblige ceux qui les portent à toujours
surveiller leur hygiène. Ainsi, les Bishnoïs prouvent
aux autres qu’ils savent rester propres et se méfient
des gens qui portent des vêtements trop sombres, suspectés
d’être sales et vouloir le cacher.
Kali ou Shiva sont
des divinités Hindoues à la peau bleue-nuit, symbole
de destruction…
 |
LE
GRAND SACRIFICE (saka) |
 |
Au 19ième siècle, le
« massacre de Khejarli » a été reporté
dans les “Annals and Antiquities of Rajasthan », célèbre
livre en 2 volumes du Colonel James Tod.
En l’an 1730 de notre ère,
le 10ième jour du mois de bhadrapad du calendrier lunaire
Hindou (22 août au 22 septembre), soit le premier mardi
de septembre dans le village de Khejarli, à 30 kms au sud
de Jodhpur, région de Marwar, 363 femmes, hommes et enfants
offrirent leur vie pour sauver les arbres sacrés des Bishnoïs.
Cet évènement fondateur
est resté dans la mémoire collective des Bishnoïs
mais aussi de tous les habitants de cette région du Rajasthan.
C’est le seul sacrifice collectif de cet ordre attesté
dans l’histoire de l’humanité, qui ait pour
seul motif la protection des arbres.
Le Saka de Khejarli a inspiré
le mouvement Chipko né en 1973 en Uttar
Pradesh dont le symbole est l’embrassement des arbres.
En
1726, le gouverneur Surat Singh, s’est vu octroyer le fief
de Khejarli par le Maharaja de Jodhpur Abhai Singh. 4 ans plus
tard, il envoie des troupes collecter du bois de chauffage dans
la région de Khejarli qui, comme toutes les terres occupées
par les Bishnoïs à cette époque étaient
plus boisées que les autres dans le désert de Thar.
En effet, le Palais du Maharajah de Jodhpur ayant besoin d’être
ravalé, il fallait beaucoup de bois pour chauffer les fours
à chaux.
Aussitôt que les
bûcherons entreprirent leur besogne, au son des haches et
des scies, une femme Bishnoï se précipita, affolée.
Amrita Devi, Bishnoï
de la caste des Jâts, du clan Beniwal, qui travaillait aux
champs, expliqua que les arbres étaient sacrés pour
les Bishnoïs et demanda la suspension des travaux.
Le hakim (le chef), un
certain Giridhar Das Bhandari, se moqua d’elle et lui proposa
qu’elle paie un dédommagement en échange de
l’arrêt du chantier.
Outrée, elle se dit offensée
et prononça les paroles saintes de son gourou Jambo-Ji
:
“Sar santey rukh
rahe to bhi sasto jan" si un arbre est sauvé, même
s’il a fallu que quelqu’un se fasse couper la tête,
ça en vaut la peine ». Présentant son cou
dénudé, elle se sacrifia et ses trois petites filles
Asu, Ratni et Bhagu imitèrent son geste. Les gardes les
décapitèrent également. Ils reprirent leur
travail…
Aussitôt, la nouvelle se répandit
comme une traînée de poudre dans toute la région.
On vit alors accourir des dizaines de familles entières,
menées par les femmes Bishnois au chevet des arbres Khejri.
Comme les plus zélés d’entre
eux étaient les plus âgés, le hakim, avec
cynisme fit remarquer que les Bishnoïs se débarrassent
de leurs vieux par le sacrifie…Cette ultime provocation
déclencha un mouvement de masse et tous les Bishnoïs
présents, représentant 83 villages, rejoignirent
leurs aïeux dans la lutte ce qui amena Giridhar, à
faire son rapport à son prince Surat Singh qui ne voulut
rien savoir et exigea que reprennent les travaux.
Le saka de 363 Sahids
(martyres), femmes, hommes, enfants Bishnoïs empêcha
les bûcherons d’accomplir leur mission. La troupe
se retira dépitée et choquée.
Ce n’est qu’en remarquant
l’étrange teinte rouge du bois ramené de Khejarli
que l’on enquêta et que la terrible vérité
éclata. Le Maharajah Abhai Singh ordonna que cesse immédiatement
toute coupe de bois à Khedjarli.
Plus tard, après avoir puni les
responsables, le Maharajah édicta un décret royal
qui fut gravé sur une plaque de bronze où il est
prévu que :
- La chasse d’animaux sauvages ainsi
que la coupe de bois vert sont formellement interdites sur le
territoire Bishnoï et alentour.
- Tout contrevenant sera pourchassé
par les services de l’état et très sévèrement
puni.
- Ce décret s’applique aussi
aux familles princières et aux nobles.
Depuis, ce décret royal a été
fondu dans la législation indienne, qui, en outre interdit
toujours la chasse et le braconnage dans tout le pays.
Loi de protection des animaux
de 1960 The Prevention of Cruelty to Animals Act, 1960
Loi de 1972 sur la protection
de l’environnement the Wildlife (Protection) Act, 1972
Amendement de 2002
Amendement de 2006
Un mémorial a été
élevé à la mémoire des Sahids. Un
arboretum de plusieurs essences caractéristiques du Thar
a été planté. Un temple flambant neuf est
en construction pour remplacer le petit sanctuaire. Un réservoir
d’eau (kund) y est maintenu. Y prendre un bain est une communion
envers les ancêtres qui se baignèrent ici avant d’aller
offrir leur vie pour sauver les khejris.
Une commémoration annuelle y prend
place le 10ème jour du calendrier « Bhadra Shukla
», qui tombait en 2010 un 4 septembre.

Site de du
sacrifice de Khejarli : plantation d’arbres et mémorial |
Le
gouvernement indien remet chaque année le prix Amrita
Devi Bishnoï wildlife protection award pour récompenser
les initiatives prises par des personnes ou des groupes
de personnes qui oeuvrent pour la préservation de
la nature. La somme de 100 milles roupies en espèces
leur est remise (1666€ en 2011).
En 1990, un autre
prix, le Indira Gandhi Parayvaran Puraskar a été
remis à Sant Kumar Bishnoï, président
du comité Bishnoï de l’environ- -nement
appelé Jeev Rakhsha Samity |
Mais le saka ne se limite pas à
Khedjarli…
En effet, depuis la fin du 15ième
siècle, beaucoup d’autres sakas ont été
relatés dans les anales et l’on suppose que d’autres
ont échappé à toute mention écrite.
En réalité, beaucoup de
Bishnoïs occupent aujourd’hui des postes à responsabilité
dans des entreprises de transport ou de travaux publics. A ce
titre, ils planifient des chantiers qui prévoient le terrassement
radical de milliers d’hectares de nature…
Autres sakas du passé
:
1. Ramasani Saka: Il prit place en 1604
de notre ère. Deux femmes, Karma et Gora, sacrifièrent
alors leur vie. Vilhoji, un saint Bishnoï érudit et
lettré, écrivit leur histoire.
2. Polas Saka: il se produisit en 1643.
Bucha Ram Achera dit Buchoji se sacrifia. Le Thakur (gouverneur)
de Rajod avait ordonné l’abattage d’arbres
verts.
3. Tilwasni Saka: Khivji, Mota et Netu
Nain offrirent leur vie pour s’opposer à l’abattage
d’arbres verts par Kripa Bhati; Le poète Vilhoji
mentionna cet événement dans son recueil «
Tilwasni-sakhi » sans hélas en rapporter l’année.
Ramasani et Tilwasni sont situés
près de la ville de Bilari, à environ 60 km à
l’est de Jodhpur. Cet événement est resté
dans la mémoire du peuple.
Polas est un petit village sur la route Ajmer-Nagaur, où
un festival est organisé chaque année pour commémorer
le martyre.
SAKAS CONTEMPORAINS
ET AUTRES FAITS
MARQUANTS :
19 mai 1939
: Chuna Ram Godara, 22 ans du village Rihicha Kalan mort pour
avoir voulu sauver une gazelle. Il a été, comme
les suivants, abattu par balle par les braconniers.
1947
: Dhukal Ram Mall, village de Rotu, s’est opposé
à une chasse organisée par le Thakur (prince, gouverneur)
de Magrasar
12 avril 1947
: Chimana Ram Manju, 31 ans, et son frère Pratapam, 29
ans, village de Barasan, même cause…
3 février
1950 : Arjun Ram Panwar, 36 ans, village Bhagtasani,
15 mai 1963:
Ganga Ram Isarwal, 35 ans, Cherai
17 décembre
1977 : Birbal Ram Khichar, 30 ans, Lohawat où une
statue a été
érigée.
Le 3 octobre 1996,
Nihal Chand Bishnoï, 35 ans, du village de Badanu, a perdu
la vie alors qu’il voulait protéger un animal. Il
a reçu les honneurs posthumes des autorités. Son
histoire a été adaptée au cinéma dans
le film “Willing to Sacrifice”, qui
a reçu le prix du Meilleur film d’environnement au
5ième Festival International du documentaire, de la TV
et Video de Bratislava, Slovaquie.
Le 1er octobre
1998, la star du cinéma indien Bollywood, Salman
Khan, de confession musulmane, eut le caprice de vouloir abattre
une antilope pour son repas. Il a été pris la main
dans le sac par des Bishnoïs et appréhendé.
Deux antilopes cervicapres, espèce endémique protégée
ayant été abattues.
Ce
fait divers a déclenché des émeutes et
des grèves de la faim retentissantes et a fini par prendre
une tournure politique dans un contexte électoral. Il a
été condamné en 2006 à 5 ans fermes.
Depuis, et à leur corps défendant,
les Bishnoïs jouissent d’une célébrité
mondiale dont ils se passeraient bien.
VIDEO DE SALMAN
KHAN
8 septembre 2000
: Ali Mohammed, Ummaidganj, ayant voulu sauver un paon.
26 avril 2006 :
Ganga Ram Jani, Nehara Kalla
2008 : Harji Ram, 68 ans, Meharana, PENJAB
voulant sauver une antilope nilgaut (Boselaphus tragocamelus).
Voir photo ci-dessous.
Autres faits divers
récents: Des Bishnoïs s’en prennent violement
à un officier de l’armée qui avait tiré
une gazelle. D’autres groupes activistes empêchent
un hélicoptère de l’armée de décoller
avec à son bord un gradé qui avait tué une
antilope lors d’une patrouille en vol…
Une équipe de tournage
française pour un reportage diffusé sur ARTE
sur les Bishnoïs qui vénèrent les nilgauts.
La
communauté Bishnoï décourage le premier ministre
du Penjab qui souhaitait autoriser la délivrance de permis
de chasse aux paysans dont les cultures sont dévastées
par des hordes d’antilopes Nilgaut.
Si une seule antilope
est mise en joue par un tireur, les bishnoïs s’interposeront
! Les bishnoïs se disent prêts à se sacrifier
pour sauver les Nilgauts et les autorités prennent la menace
très au sérieux ! Le
premier ministre renonce…
Il semble que le Saka
de Khejarli et la bravoure des Bishnoïs en général
ait dépassé les frontières et inspiré
le mouvement
Chipko, né en 1973 dans l’état voisin
de l’Uttarpradesh

t
VIE QUOTIDIENNE DES
BISHNOÏS
ELEMENTS
D’ETHNO-BOTANIQUE ET D’ECONOMIE RURALE
Toutes les communautés
rurales de l’Ouest de l’Inde ont en commun cet art
de vivre en milieu aride qui s’est transmis de génération
en génération depuis au moins 4 millénaires
et qui continue d’avoir cours de nos jours.
Les pratiques ont évoluées
au cours des siècles à la faveur des changements
de climat et des prérogatives des états régnants.
Les Bishnoïs montrent
de manière évidente à quel point les religions
peuvent avoir des répercussions sur l’environnement
et le guru Jambo-Ji avait bien compris que dans le
désert de Thar plus qu’ailleurs, la compréhension
des écosystèmes et la bienveillance envers la nature
sont des conditions indispensables à la survie.
Ainsi, les Bishnoïs
ont poussé à l’extrême ce que faisaient
ou pensaient déjà bien avant eux, leurs ancêtres
du désert de Thar, issus
de toutes les castes et sous-castes (gotras) rurales de la région.
Bien que les effets du
développement économique de l’Inde aboutissent
à une standardisation des modes de vie et à une
perte identitaire, on peut encore, dans des endroits préservés,
constater l’impact bénéfique du Bishnoïsme
sur environnement.
Par exemple, conscients
de l’importance de la végétation pour leur
survie et celle de la faune, les Bishnoïs ont créé
les premières réserves naturelles du monde. Leurs
oran ( prononcer « oranne » ou « olanne »),
se trouvent le plus souvent à proximité d’un
temple. On peut véritablement parler ici de sanctuaire.
Il s’ agit de vastes terres bien boisées qui ont
été entretenues et protégées par des
générations de familles Bishnoïs selon une
gestion communautaire contrôlée par les panchayats
(sorte de conseil municipal des anciens).
Ainsi, grâce aux
Bishnoïs, on peut encore marcher dans des bois d’essences
différentes selon le sol, sous l’ombre bienfaisante,
et observer de nombreuses espèces d’oiseaux, d’insectes,
de reptiles, et de mammifères. Ces réserves communautaires
sont exemplaires !
Les oran ne sont pas
clôturés et leur accès est libre. Des pièces
d’eau y sont entretenues par les éleveurs Bishnoïs
ou non, qui y font paître leurs animaux.
Bien sûr, la coupe
d’arbres verts est interdite et l’utilisation des
ressources doit rester mesurée.
Près de Jodhpur,
l’oran de Kolu Pabuji qui compte 9 naadi (étangs)
est une plaine herbeuse assez vaste pour y accueillir des
espèces caractéristiques comme les gangas et
les courvites et parfois aussi des outardes…Des milliers
de grues Demoiselles de Namibie en profitent pour y faire halte
en toute sécurité.
Outre les oran et les
terrains où sont bâtis les temples, il est impressionnant
de voir à quel point la vie foisonne en territoire Bishnoï.
En traversant leurs villages ou leurs fermes, sur les routes de
campagne, la faune abonde ! Le paysage est plus vert, il y a plus
d’arbres sur pied, les fils électriques et les clôtures
sont couvertes d’oiseaux perchés de toutes sortes,
les rapaces sont plus nombreux à planer dans le ciel et
des centaines de gazelles et d’antilopes égaient
le paysage de dunes et de broussailles.
On sait quand on entre
chez les Bishnoïs ! Nul besoin de panneau indicateur !
Les
Bishnoïs, comme les autres habitants du Thar, on appris à
utiliser les végétaux à bon escient et avec
parcimonie.
Leur connaissance en botanique associée à leur maîtrise
de l’agriculture en zone aride leur ont permis d’atteindre
des niveaux de vie plus hauts que la moyenne, voire parfois d’obtenir
des revenus important et jouir ainsi d’une belle prospérité
que leur envie nombre de citadins. Il est clair que la préservation
de l’environnement est la stratégie qui paye !
La visite d’une
ferme près de Sikar, à 120 kms au nord-ouest de
Jaïpur m’a donné l’occasion de chiffrer
ce « miracle » de Jambo-Ji et de mesurer une fois
de plus l’importance viscérale de l’arbre Kedjri
(Prosopis cineraria) pour les habitants de la région :
Sur 16.5 hectares, on
y produit surtout des céréales et des légumineuses.
Mais ce qui permet à la famille de 11 personnes d’être
quasiment autosuffisante et de dégager des profits honorables,
c’est le complément que procure l’exploitation
raisonnée des plantes sauvages ! La récolte de baies,
de gousses, de fruits, de graines, du feuillage qui selon la saison
poussent sur leur exploitation de manière spontanée,
leur fournit des aliments, des condiments, des cosmétiques,
des remèdes et du fourrage pour leur consommation personnelle
ou pour la revente sur le marché.
Les
herbes, arbustes, et autres graminées sauvages poussent
donc librement et les insectes, oiseaux, mammifères qui
s’y abritent sont les bienvenus !
Le gouvernement Indien
aide les paysans à se fixer sur leurs terres et à
devenir propriétaires grâce à des prêts
à taux bas, des exonérations de charges et à
un support technique gratuit. Le captage d’eau et le système
de pompage sont aussi gratuits; L’eau collectée dans
3 puits tubulaires (voir photo ci-contre) irrigue les cultures
dont la productivité est accrue en conséquence.
La consommation électrique s’élève
à 10,000 roupies par mois (environ 166€).
Les 2 vaches et les 4
buffles produisent environ 40 litres de lait par jour. 5 litres
vont aux besoins du foyer qui le transforme en fromage ( panir)
ou yogourt (dahi), beurre (ghee) et petit lait. Les 35 litres
restant sont vendus au marché à 20 roupies le litre
(environ 33 centimes d’Euro). Rien qu’avec le lait,
la ferme génère donc 700 roupies (11.5€) par
jour soit 255,500 INR par an (4258€) sauf quand les vaches
ont des petits. Il s’agit donc d’une moyenne…
Les 30 arbres Khejris
sont élagués en hiver pour éviter que leur
ombre ne filtre les rayons du soleil avant qu’ils n’atteignent
la terre où a été semée du blé
et de l’arachide…On conserve cependant toujours une
ou deux branches feuillues à la cime des Khejris. Il est
original de voir ces silhouettes se dessiner dans le contre-jour
sur la plaine du Rajasthan. Tous ces arbres tondus surmonté
d’une houppette…
Les feuilles des Khejri
constituent un fourrage, loong, très nutritif pour le bétail
dont le lait, plus gras et plus riche est très recherché
par les consommateurs végétariens pour qui l’apport
en protéines est vital.
Ce n’est pas tout
! Au printemps, l’arbre-roi du Thar, le Khejri, qui est
une légumineuse, donne des fruits comestibles en forme
de gousses, appelés sanguri, très nutritifs qui
se vendent dans les 180 INR au kg. Chaque arbre produisant environ
80 kgs de ce trésor vert, les 30 Kedhris rapportent 7200
€ / an !
 |
Ornement
laissé en offrande sur une branche de Khejri dans
un temple. Vue général et détail d’un
Khejri. |
qui sont gorgées de vitamines C. Certains
le cultivent. Il revient le plus souvent aux femmes de collecter
cette manne à la saison qu’elles revendent à
bon prix sur les marchés. Les baies sont également
utilisées en médecine traditionnelle pour traiter
les ulcères et les désinfecter les plaies. Toutes
les parties de ce petit arbre ont des vertus officinales. En outre,
le bêr, grâce à ses racines qui fixent le sol,
ralentit l’érosion, tout comme un autre arbuste, le
kêr (Capparis decidua), moins imposant mais tout aussi prolifique
qui donne des sortent de haricots logés dans des gousses
que l’on consomme cuits ou marinés en pickles.
 |
 |
 |
| Le latex
cardiotoxique du pommier de Sodome (Calotropis procera),
ou aak, est utilisé par les Bishnoïs pour
soigner les dromadaires parasités. De ses fibres
séchées, on tire d’excellentes cordes
pour lier le chaume des toits. |
|
Une autre spécificité
des Bishnoïs met en évidence l’impact des niyams
sur la vie quotidienne et sur le milieu : C’est la préférence
à l’inhumation des défunts plutôt que
l’incinération pratiquée par la plupart des
autres hindous du pays.
La raison est claire, 11voir niyam
n°11 : RUNKH LILA NAHI GHAVE qui interdit de couper du bois
vert…
Les Bishnoïs, conscients
du rôle majeur des arbres sur le milieu, et reconnaissants
pour les ressources qu’ils leur procurent, ont décidés
de ne plus brûler de bois pour leurs morts...
La cuisine est préparée
sur des foyers en terre cuite alimentés par du petit bois
sec ou des galettes de bouses de vaches séchées.
Les bouses sont récupérées fraîches
par les femmes qui les font sécher au soleil, souvent collées
sur un mur bien orienté. Le surplus est employé
pour amender les jardins.
 |
 |
 |
| Galettes de bouses avec l’emprunte
de mains des ramasseuses… |
Tumba (Citrullus
colocynthis), coloquinte sauvage du désert préparé
comme légume d’appoint, conservé une fois
desséché. |
La vie quotidienne…
L’habit
traditionnel des Bishnoïs est globalement identique à
celui des autres habitants du Rajasthan rural : Les
hommes portent des vêtements blancs lors des cérémonies
ou de couleur claires.
La tête est coiffée
d’un turban. Une longue chemise de coton sans décoration
ou kourta tombe jusqu’aux genoux sur le dhoti , sorte de
pagne ample plissé en lin ou coton uni et resserré
aux chevilles. Les pieds nus sont chaussés des babouches
du Rajasthan à l’extrémité parfois
retroussée appelées majoris.
Les femmes Bishnoï
qui sont admirées pour leur élégance, leur
silhouette fine et élancée, leur grande taille,
leur regard fier et envoûtant, aiment les vêtements
colorés.
Les femmes portent des robes aux motifs géométriques
reconnaissables. Leurs bijoux aussi sont caractéristiques
:
L’ornement nasal appellé nath ou badorio (1) porté
dans les campagnes indiennes par les femmes mariées, prend
chez les Bishnois une forme caractéristique de demi lune.
Pour les occasions spéciales, elles arborent au milieu
du front le borla (2) et sur la poitrine un collier, le lagar
(3), portant une épaisse barrette d’or finement ciselé,
incrusté de pierres précieuses.
L’habit traditionnel
des paysannes du Rajasthan se compose du voile, odhni, d’un
corsage très serré à manche courte laissant
voir le ventre, le choli ou plus long, le Kanchali. Elle porte
parfois une chemisette à manches courtes, la kourti. La
jupe longue s’appelle une ghaghara.
En Inde, le vêtement
est un très bon indicateur du rang social, de l’âge,
de l’identité communautaire des femmes qui, selon
qu’elles soit impubertes, jeunes mariées, veuves
ou célibataires l’expriment par les couleurs, les
motifs, les coupes des habits et des ornements qu’elles
exhibent à dessein.
La maison traditionnelle
du Rajasthan est une hutte circulaire au toit de chaume. Le pisé
d’argile naturelle enduit de bouse de vache est un excellent
isolant thermique. Le sol, les murs, les cloisons, les terrasses
sont faits du même matériau. Le millet est stocké
dans des réserves pour l’année suivante. Même
en plein été les silos et l’intérieur
des cases conservent une température fraîche.
Les hameaux blottis dans
les dunes, souvent entourés d’une haie d’épineux,
sont parfaitement intégrés dans le paysage. Ils
ne sont installés que là où un peu d’eau
est disponible sous le sable.
Champions de l’autarcie,
les Bishnoïs fabriquaient eux-mêmes quasiment tout
le nécessaire : la maison en pisé et son toit de
chaume, l’âtre en argile et les meules à grain,
les lits aux matelas tressés de fibres naturelles, les
outils agricoles, les ustensiles de cuisine…
|
Chaque
foyer possède un autel pour rendre grâce à
Vishnou et Jambo-Ji. Dans les familles Bishnoïs plus
riches, le moulin électrique a remplacé la
meule en pierre.
|
 |
 |
| Cette
femme Bishnoï puise de l’eau au puits dans sa
nouvelle demeure en pierre de grès ro |
Les temps changent….
Le développement économique
et industriel de l’Inde qui s’accélère
depuis une dizaine d’année est synonyme de progrès
pour les Bishnoïs qui veulent en profiter. Déjà,
la physionomie du paysage du désert de Thar
a changé de manière irréversible et ce
bouleversement en profondeur n’est qu’un début.
Le gouvernement ayant mis les bouchées
doubles, le « progrès » arrive enfin dans les
campagnes.
Grâce à l’effort des
instances régionales, les Bishnoïs accèdent
à la propriété privée. Ils se regroupent
et achètent des terrains supplémentaires.
Beaucoup de Bishnoïs ont depuis longtemps
quitté leurs villages pour aller en ville étudier
et travailler.
Peuple fier et courageux, ils ont le
sens de l’entreprise et parviennent souvent à réussir
dans les affaires. Le secteur des transports routiers par exemple
est très prisé.
Avec l’explosion démographique et l’essor de
la croissance, les villages deviennent de petites villes.
Ainsi, une grande partie de la communauté
Bishnoï est citadine, s’habille à l’occidentale
et adopte le mode de vie artificiel des citadins en perdant leur
identité. La jeune génération ne semble plus
inspirée par la culture de leurs ancêtres. Les jeunes
ne suivent plus les 29 niyam et leurs parents ont bien du mal.
Dans les campagnes, les maisons de brique,
signe extérieur de richesse par excellence, comme nos maisons
Phoenix, poussent comme des champignons. Les moyens financiers
permettent aujourd’hui à des millions de familles
de réaliser un fantasme universel, les pouvoirs publics
accordant des facilités d’accès à la
propriété privée…
Les huttes en pisé blotties entre
les dunes ne sont plus qu’un souvenir..ou presque !
Pourtant, les Bishnoïs s’accordent
à dire que rien n’égale la qualité
du pisé pour l’isolation. Mais l’abandon de
leur mode de vie ancestral au profit d’équipements
modernes, de l’eau courante et de l’électricité,
est vécu avec sérénité par les anciens
qui sont parties prenantes dans les familles.
Le réseau routier s’améliore,
la télé égaie les soirées d’hiver,
les engins agricoles et les tracteurs que l’on peut acheter
en coopérative grâce aux facilités d’emprunts
des banques, soulagent la peine des hommes et des bêtes…
 |
 |
 |
 |
Les Bishnoïs
sont aussi des hommes d’affaire…
Ici un entrepreneur au téléphone, dans son
village vacances à thème, qu’il a ouvert
récemment. |
Contraste
surprenant de deux mondes qui se rencontrent et fusionnent… |
 |
 |
Les Bishnoïs
se sont adaptés au modernisme… Ils ne semblent
pas regretter les temps passés. |
Le secteur
des transports est privilégié pour les Bishnoïs
qui veulent créer une entreprise. |
Ceux qui sont concernés craignent
le zèle des Bishnoïs quand il s’agit de protéger
la nature et tous reconnaissent leur bravoure et saluent leur
engagement, mais la réputation des Bishnoïs est loin
de faire l’unanimité dans le Rajasthan. Jalousie
et convoitises alimentent sarcasmes et moqueries de la part de
leurs voisins qui considèrent les « hommes-gazelles
» comme des gens arrogants et hautains extrêmement
farouches et soupçonneux à l’égard
des étrangers qui foulent leur sol, et qui cachent, derrière
leur air indolent et amical, rudesse et agressivité.
Ils sont supposés adorer trois
choses : ishq, khaan-paan et chori : flirter, voler, et se débaucher.
On dit qu’un père doit s’assurer auprès
de sa future belle famille que son futur gendre a déjà
volé au moins une paire de sandales, avant d’autoriser
le mariage. Le vol figurerait même parmi leurs fameuse 29
règles…L’usage de l’opium, encore répandu
au sein de cette communauté, finit de noircir le tableau.
Selon mes informations, Les Bishnoïs
seraient impliqués dans des dérives…Mais je
n’ai pas demandé plus amples détails et autres
preuves de ses allégations qui assurent qu’ils pratiquent
le chantage et l’extorsion et d’autres magouilles
concernant des acquisitions de permis de construire ou droits
d’exploitation, corruption d’élus locaux, sous-de-table
et clientélisme…

L’avenir….
Comme pour réagir à l’abandon
des us et coutumes ancestraux par les jeunes Bishnoïs et
les nouveaux citadins, un groupe d’intervention a été
créé, le Bishnoi Tiger Vanyajeev Evam Paryavaran
Sansthan (BTVPS) ou Tiger force commando, rattaché à
l’association de défense des Bishnoïs et leur
culture le Guru Jambeshwar Vanya Jeev Paryavaran Vikas Sansthan
Dès qu’un cas de maltraitance
à l’égard des animaux leur est connu, ils
interviennent ! Ils diligentent sur place des membres de leur
groupe pour constater une infraction et le signaler aux autorités.
Ces dernières étant parfois lentes à réagir,
le « commando des hommes en blancs » se chargent de
l’enquête, de la recherche des coupables et de leur
arrestation. Il est de notoriété publique que les
braconniers préfèrent mille fois avoir à
faire à la police plutôt que de subir le courroux
des Bishnoïs qui, par le passé savaient comment décourager
la récidive en usant de méthodes expéditives
très efficaces bien qu’illégales…
Récemment l’acteur indien
Salman Khan s’est lourdement trompé en croyant naïvement
que le fait d’avoir tirer deux gazelles lors d’un
safari nocturne illégal, ne pourrait l’amener derrière
les barreaux, se croyant immunisé par son auréole
Bollywoodienne…C’était sans compter sur la
pugnacité des Bishnoïs et leur énorme popularité
dans la région. Le fautif a été écroué…

Grâce à un réseaux
étendu d’informateurs répartis dans tous les
villages autours de Jodhpur, munis de téléphones
cellulaires, fournis gracieusement par le BTVPS, les chevaliers
du déserts, alertés, foncent au chevet de leurs
petits protégés à bord de leur 4x4 également
acheté par la communauté. Tels des pompiers volontaires,
ils n’hésitent pas à quitter leur travail
pour exécuter leur mission salutaire.
Ils ont été formés
par le docteur Rathore pour dispenser les premiers soins mais
quand les victimes semblent trop atteintes, ils les rapatrient
au centre de soin du zoo de Jodhpur.
Dans une province où l’on
déplore plus de mille morsures de chiens chaque année,
souvent enragés, il parait étonnant que rien ne
soit fait pour remédier à une telle situation…D’autant
que les chiens sont responsables de 70% des blessures des chinkaras
et la petite faune du désert.
Les chiens errent en bandes dans les villes
et les campagnes où ils se comportent comme des loups ce
qui n’empêche pas les Bishnoïs d’être
amical envers eux…Cette apparente contradiction s’explique
par une bienveillance envers TOUS les animaux, qu’ils soient
chiens, gazelles, ou rats…
Et aucun Bishnoï ne se permettrait
de molester un chien même si ce dernier s’attaque
aux gazelles sacrées…Les politiques locales de contrôle
piétinent…Les hindous ont des lois qui les empêchent
d’intervenir de manière radicale et le problème
des chiens est une catastrophe nationale…
En été, les bénévoles
du « tiger force » sont complètement dépassés
! En effet sur un terrain alourdi par les pluies, les gazelles
qui veulent s’enfuir sont ralenties et finissent sous les
mâchoires de leurs poursuivants, ou sous le feu de leurs
chausseurs. Ainsi, le docteur Rathore, du zoo de Jodhpur, soigne
jusqu’à 55 animaux par 24 heures ! Une hécatombe…
Ramniwas Bishnoï, leader du «
Bishnoi tiger force » interroge et sermonne un braconnier
qui vient d’être appréhendé en flagrant
délit. Il disposait d’un filet et d’un fusil
à poudre. Des peaux de renards et de gazelles ont été
saisies dans son village. Il risque la prison ferme. Les Bishnoïs
s’assureront que cet homme de la communauté Bhil,
purgera bien sa peine et ne recommencera pas…
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Ramniwas
nourrit un chinkara et un nilgaut |
Ramniwas
téléphone au département des eaux et
forêts pour signaler l’abattage illégal
d’un Khejri |
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Protestation
publique et pacifique d’un groupe d’activistes
pour exiger des mesures plus fermes.
pour protéger la faune et les arbres |
Ramniwas
Bishnsoï recoit une paire de jumelles des mains d’un
représentant du gouvernement en récompense
de son engagement. |
Les femmes Bishnoï
mettent un point d’honneur à
allaiter
les faons orphelins de gazelles et d’antilopes
Que ce
geste d’amour et de compassion nous inspire!
Bruno Delaroche et Harsh Vardhan
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