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L’HISTOIRE DES BISHNOÏS

 

 

Les Bishnoïs sont issus de communautés rurales, toutes castes confondues, principalement Jâts, que l’on trouve dans les régions arides de l’ouest de l’Inde, au Rajasthan et les provinces limitrophes, où ils sont dispersés dans un milliers de villes et de villages, représentant une population totale d’environ 600 milles âmes.

Les Bishnoïs sont principalement des agriculteurs Hindous qui pratiquent le culte de Vishnou (Vaishnavisme) et sont très attachés à Rama, un de ses avatars.

Représentation du dieu Vishnou
Village Bishnoï bien intégré dans son environnement

C’est une secte religieuse et non une ethnie ou une caste, dont la cohésion culturelle et l’identité se forgent autour du respect stricte de 29 règles ou niyam.

Peu d’éléments culturels ou ethnographiques les différencient des autres Hindous Vaishnavistes de la région aride de l’ouest de l’Inde.

Toute personne qui vénère Vishnou et intègre les 29 niyam dans sa vie sociale, religieuse et matérielle, peut être considérée comme Bishnoï, quelque soit sa caste.

Chez les Bishnoïs, comme partout ailleurs en Inde, les mariages sont toujours restreints par l’appartenance à une même caste mais un Bishnoï peu se marier avec un ou une non Bishnoï.

L’observance des 29 principes a d’autres conséquences très visibles sur l’environnement et sur les coutumes.

Dunes de la région de Nokha habitée par les Bishnoïs
Paysan Bishnoï en train de faner des épis de millet

 

LE GOUROU

Le Bishnoïsme est une secte fondée par le gourou Swami Jambeshwar Bhagwan Maharaj, né en 1451 à Pipasar, un village du district de Nagaur dans l’actuel état du Rajasthan.

Jambeshwar Bhagwan est le 42ième descendant du Maharajah Vikramaditya de Ujjain (375-415) selon le calendrier lunaire Vikram Samvata en vogue sous la dynastie Gupta (an 320 à 535 de notre ère).

Son père Lohat ji Panwar était un Rajput du clan Parmar et sa mère, Hansa Devi, appartenait au clan Yadava (dynastie lunaire ou Chandravanshi) de la caste des Kshatriya (caste des guerriers).

 

Les Rajputs, (en Hindi « Raj » signifie roi et « Putra » fils), forment la majorité des habitants du Rajasthan, autrefois le Râjputâna, et une partie de celle du Gujarat.

Leurs royaumes se trouvant près de la frontière Ouest, ils se sont trouvés confrontés à la plupart des invasions Arabes et Moghols. Les Râjputs, eux-mêmes, sont probablement en partie des descendants d'envahisseurs, en particulier des Huns hephtalites ou Shvetahûna, peut-être de Kouchans et de Scythes, assimilés plus tard par les brahmanes (caste des prêtres et des enseignants) à des Kshatriyas (caste des guerriers) en remerciement pour leur lutte contre l'islam.

Son entourage s’attristant qu’il n’ait toujours pas de descendant à l’âge de 50 ans, Lohat-Ji endura la pratique du tapasya (discipline, ascèse) afin de renforcer sa foi et le rapprocher de dieu.

C’est ainsi qu’il rencontra un Yogi qui le bénit lui et sa femme en prédisant la naissance d’un fils qui sera différent de tous. Et la prédiction se réalisa peu de temps après….

Effectivement, Jambeswar-Ji était un enfant gentil et simple qui n’avait pas allaité et ne parlait quasiment jamais. Un jour cependant, à l’âge de 7 ans, il se mit à prononcer ce shahad adressé à un Brahmane venu au chevet de son mutisme (parole poétique chargée de sagesse) :

« GURU CHINHO GURU CHIN PUROHIT »

Ensuite il a passé 25 ans à travailler dans l’élevage dans sa région d’origine, près de Pipasar

A l’âge de 34 ans (année 1486 de notre ère, soit le 8ième jour de nuit sans lune du mois de Kartika selon le calendrier lunaire indien, qui correspond au mois de novembre) Jambo-Ji commence à prêcher une nouvelle religion du haut de la dune de Samrathal Dhora située à 3 kms de Mukam dans le district de Bikaner. C’est la naissance du Bishnoïsme.

Une sécheresse catastrophique sévissait dans la région de Marwar, et d’autres calamités ne cessaient de s’abattre sur le peuple, telles que les invasions d’étrangers venus par l’ouest, les conversions forcées à l’Islam, la manipulation de faux prophètes, etc. Le peuple décida de s’exiler en masse, avec les troupeaux, vers Malwa, dans l’état voisin du Gujarat.

Jambo-ji alla à la rencontre de ces pauvres hères qui avaient perdu leur foi et leur moralité en les invitant au Pahal du haut de la dune de Samrathal où il avait installé un petit campement pour les réfugiés.

La cérémonie de l’eau qui a été bénite par un mantra prononcé par Jambo-ji que l’on appelle un Pahal, reste aujourd’hui encore l’acte de foi qui célèbre la conversion au Bisnoïsme ou le baptême des enfants.

Dune de Samrathal Dhora

Il s’adressait aux gens sous forme de poèmes ou de métaphores chargés de sagesse appelées Shahads prônant l’art de vivre sur terre en harmonie avec la nature comme un pas vers la Moksha (délivrance du Samsara, la roue sans fin des renaissances).

120 shahads prononcés par le gourou ont été recueillies par écrits par ses disciples durant les 51 années d’existence du Gourou, en langue Boli, un dialecte Rajasthani.
Et plus tard jusqu’à récemment, plusieurs textes ont été révisés et traduits en Hindi sous la forme d’une bible Bishnoï : le Shahad-vani.

En complément de ses shahads parfois trop abstraits, et des mantras Sandhya qu’il récitait lors des prières, afin de rendre sa philosophie accessible à tous, même aux plus pauvres, Jambo-ji édicta une table de 29 commandements faciles à comprendre et très explicites pour guider chacun dans sa vie en promettant Moksha à ceux qui s’y soumettrait dans « la Vérité de Vishnou ».

« JIYA NE JUKTI AUR MARIYA NE MUKTI » « une vie ayant du sens et Moksha après la mort. »

Comme le nombre 29 peut se traduire BIS (vingt) NAU (neuf) dans une forme dialectale du Hindi, on ne tarda pas à donner aux nouveaux adeptes le nom de Bishnoïs…
La popularité de ces 29 règles et les miracles qui seraient survenus au cours de son existence font de Jambo-ji la réincarnation de Vishnou selon les millions de fidèles qui ont été convertis à cette époque et plus tard par ses continuateurs. En l’occurrence, à cette époque de troubles, Jambo-Ji à participé au rétablissement de la foi originelle, le Vaishnavisme qui était menacé tout en favorisant la conversion des musulmans à l’Hindouisme.

Il passa les 51 années suivantes à prêcher dans tout le désert de Thar et s’éteint à l’âge de 85 ans (en 1536, le 9ièmejour du mois de Migsar dans le calendrier lunaire
de l’ère Vikram) à Lalasar Dhora.

2 jours après, selon sa volonté, on enterra sa dépouille sous un arbre Jaal (Salvadora Oleiodes) à proximité de la dune de Samrathal, dans le village de Talwa qui a été rebaptisé Mukam (la destination) près de Nokha, district de Bikaner.

Un temple a récemment été bâti à Mukam, à proximité de cette dune sacrée.

On dit qu’il se serait réincarné en antilope noire…

D’autres sont persuadés qu’il a atteint le moksha.

Reliques sacrées : les « tongues » de Jambo-Ji
conservées au temple de Pipasar.

 

LA FOI BISHNOÏ

Le Shahad-vani est le livre saint des Bishnoïs. C’est un recueil de 120 versets ou shahads que l’on récite à voix basse dans l’intimité du foyer ou que l’on chante lors des cérémonies dans les temples.

Il s’agit de prières au dieu Vishnou, dont Jambo-ji loue le nom et la vérité à travers lui, des sermons, des psaumes…Le Bishnoïsme n’est qu’une forme de Vaishnavism comme le prouve ce mantra qui revient constamment dans les prières Bishnoïs :

“VISHNU VISHNU TUU BHAJ RE PRAANI”
(Tu dois réciter le nom de Vishnou, Vishnou)

Prières chantées « aarti » ici

 

Plusieurs versets sont spécifiquement relatifs à l’environnement et à l’écologie, au bienfait des plantes et au respect à l’égard des animaux sauvages et domestiques, des insectes aux dromadaires…
Jambo-ji considère ce comportement bienveillant comme condition nécessaire à une vie meilleure ici bas et comme préalable à l’accès au Moksha.

En complément des shahads, on récite aussi des mantras sandhya (prières védiques). Les sept premiers versets du Shahad-vani sont récités obligatoirement. Exemple de shahads « écolo » :

Shahad 7 : KANY KATI BAN RAYO
Pourquoi coupes-tu les forêts ?

Shahad 9 : JEEVA UPPER JOR KARIJE, ANTKAL HOYSI BHARU
Si tu exprimes ta force en molestant les animaux, la fin de ta vie sera douloureuse

Shahad 10 : RE BINHI GUNHE JEEV KYON MARO
Pourquoi est-ce que tu tues les animaux qui sont innocents ?

Shahad 29 : ELOL SAGAR de « elol » (Bonheur) et « sagar » (ocean)

MORE DHARTI DIWAN BANESPATI BASO
Pour vous permettre de mieux vivre, nous avons créé les plantes

Shahad 44 : KAY NA PALI JEEV DAYO
Pourquoi n’es-tu pas amical envers les animaux ?

Shahad 64 : JEEV VINASHE LAHE KARNE
Pourquoi est-ce que tu tues les animaux par égoïsme ?

Shahad 69 : SAR SANTEY ROOKH RAHE TO BHI SASTO JAAN
Si un arbre peut être sauvé, même au prix de la tête de quelqu’un, cela en vaut la peine

Shahad 85 : JAYO JEEV NA GHAI
N’occis point de créature vivante.

 

 

 

Les 29 règles ou niyam

Commentées par Rajhender Kumar Bishnoï www.bishnoism.com et Bruno Delaroche

« UNTIS DHARAM KI AKHARI, HIRDYE DHARIO JOYE, JAMBHEJI KIRPA KARI, NAM BISHNOÏ HOYE »
« Celui qui suit honnêtement ces 29 niyam pourra porter le nom de Bishnoï »

Panneau illustré à vocation pédagogique reprenant les 29 niyams en Hindi

 

1- TIS DIN SUTAK : Observer une mise à l'écart de la mère et du nouveau-né pendant trente jours après l'accouchement
(TIS = 30 ; DIN= jours ; SUTAK= mise à l’écart)

Le Sutak est très répandu dans les familles en Inde, mais seuls les Bishnoïs prévoient 30 jours exactement. Durant cette période, la femme et l’enfant pourront développer une relation privilégiée et s’épanouir à l’écart des difficultés extérieures tout en recevant une alimentation plus nutritive favorable à la lactation. Le halwa est un pudding de semoule de blé sucré au miel riche en ghee (beurre clarifié).

Le Sutak équivaut à une forme de quarantaine.

Le plus souvent, les femmes Bishnoïs suivent la coutume répandue dans toute l’Inde qui consiste à retourner vivre chez leurs parents et y accoucher, bénéficiant ainsi de l’attention des siens et ne subissant pas la pression de leurs belles familles où elles vivent toute l’année.

A l’issu des 30 jours, la maison est nettoyée et l’on organise un Pahal Bavan (cérémonie de l’eau bénite) pour baptiser le bébé qui ainsi entrera dans la communauté Bishnoï
Un Sutak de 3 jours seulement est prescrit chez les Bishnoïs en cas de décès dans une famille ce qui est peu comparé aux autres communautés qui conservent le corps à la maison une semaine ou plus avant de l’incinérer.


2- PANCH RITUVANTI NIYARO

Ecarter la femme de toute activité pendant 5 jours lors du début de ses règles.

Pour ne pas la fatiguer et respecter une certaine hygiène dans toute la maison. Les rapports sexuels sont proscris durant cette période.


3- SAIRO KARO SINAN : Tôt, chaque matin, prendre un bain.

Encore une fois, le rituel du bain est un trait de l’Hindouisme mais les Bishnoïs précisent qu’il faut (il s’agit d’un commandement) prendre un bain TOUS LES MATINS.

Dans le Shahad n° 104, Jambo-ji considère les vertus de l’hygiène comme bien supérieures à celles offertes par l’or, les soieries, les femmes, les éléphants, l’argent, les chevaux, etc…

Le bain DOIT être le premier acte physique pour débuter la journée après avoir été aux selles et s’être s’être lavé les dents, et ce afin de débarrasser le corps de toute fatigue, toute souillure, et l’esprit de toute mauvaise pensée pour bien débuter la journée.

Après le bain, les Bishnoïs prient ou se rendent au temple avant de prendre leur petit déjeuner.

Les Bishnoïs sont parfois appelés à cet égard les Sinani, « preneurs de bain » et leur propreté est de notoriété publique en Inde. On dit qu’un trait tracé au pied d’un Bishnoï est une barrière que ne franchissent pas les démons et autres fantômes.

Propreté de corps et pureté d’âme vont de pair. Au cours d’une enquête judiciaire, le témoignage d’un Bishnoï sera toujours considéré comme précieux.

 

4- SHEEL, SANTOSH, SHUCHI PIYARO : Moralité, contentement, vertu.

SHEEL : Bon caractère moral, bon comportement et humilité.

Le sheel est prescrit dans les autres religions, qui, à l’instar des Bishnoïs proscrivent les rapports sexuels en dehors du mariage. Le sheel bien que non détaillé est crucial pour le maintient de relations sociales saines.

SANTOSH : contentement, satisfaction, bonheur.

Son principe inverse est …l’avidité, qui n’ayant pas de limite entraîne la perdition des âmes et le déchirement des familles.

Il faut savoir apprécier le fruit de ses efforts à leur juste valeur et se satisfaire de sa condition et des petits bonheurs de la vie sans visées inaccessibles qui deviennent obsédantes.

 

SHUCHI : Pureté, vertu, sainteté.

Entretenir pureté extérieure (propreté du corps, de la maison, du quartier, etc) et vertus intérieures (pensée positive, amour, paix d’esprit et foi en Dieu).

Le Gourou a dit qu’il fallait garder le sourire en toute occasion et contrôler ses ses désirs. Ceux qui accèdent à un niveau supérieur sont des saints…


Le saint swami Bhagirat Das Acherea au temple Jajiwal près de Jodhpur.

 

5- DWI KAL SANDHYA KARO : Méditer deux fois par jour, en matinée et en soirée, lorsque la nuit est encore séparée du jour.

Sandhya est un moment qui apparaît deux fois en 24 heures.

Sandhya qui provient de la racine sandhi est un terme védique qui signifie « jonction ».Alors que les védas samhitas, qui comportent des centaines de livres saints, dont le rig-veda, et des dizaines de milliers de versets, étaient uniquement récités par les Brahmanes, il a été décidé de mettre à jour les mantras (prières) Sandhya pour « faire la jonction/rejoindre » les gens du peuple en leur rendant accessible une sélection de mantras védiques indispensables. Le Sandhya de l’aube, propice à la
rencontre direct e de dieu et à la méditation. On fait des vœux

pour la journée à venir.

Le Sandhya du crépuscule est le moment idéal pour se recueillir et se confesser. On fait un petit bilan personnel de la journée qui prépare à un meilleur repos.

Les prières sandhya mantras sont indispensables 2 fois par jour où que l’on se trouve.

Harsh, de la caste des Brahmanes, récite les mantras du Shadavani Bishnoi au temple.

 

 

6- SANJH AARTI GUN GAO : Chanter la gloire du seigneur et ses vertus chaque soirée.

Après le recueillement personnel du soir, chanter en famille l’aart qui s’adresse au dieu Vishnou, est la meilleure transition vers la fin de la journée et le début de la nuit.

L’aarti rythme la vie des Bishnoïs et renforce les liens de la communauté.

A droite : Un homme et son père récitent le Shahad vani
Droite en bas : Les femmes Bishnoïs sont très croyantes

En bas : Une jeune femme Bishnoï mariée et voilée et sa jeune sœur font le plusieurs le tour du temple pieds nus en priant Jambo-Ji avant de rejoindre le feu sacré et communier avec Vishnou.

 

 

7- HOM HIT CHIT PRET SU HOVE, TO BAS BEKUNTHE PAVE

Offrir l'oblation quotidienne au feu saint avec un cœur rempli de sentiments de bien-être de dévotion et d’amour.

Dans l’Hindouisme, la cérémonie du feu sacré, havan, était réservée aux seuls prêtres Brahmanes. Les Bishnoïs le démocratise en permettant à chaque famille pieuse de l’accomplir.

Au cours du havan, on récite des mantras védiques et des Shahad, tout en alimentant le Yajna (feu lui-même) par des oblations préalablement bénies tels que le ghee (beurre clarifié), le copra, la myrrhe, des sucreries, du lait, du sucre, du yogourt, etc

La fumée aurait la vertu de purifier l’air ambiant.

Ghee (beurre clarifié)

Le Yajna brûle quotidiennement dans les temples alors qu’il est plus périodique dans les maisons et qu’il est indispensable à certaines occasions telles que mariages, baptêmes, décès, aménagement dans une nouvelle maison, début d’un nouvel emploi ou démarrage d’un chantier ainsi que durant les grands festivals indiens tels que Holi, Diwali, etc.

A l’issue du Pavan, on distribue aux dévots le Pahal (eau bénite à boire) et tout est rangé pour laisser place nette.

 

 

8- PANI INDHANI DUDH NE LIJO CHHAN : Employer l'eau et le lait filtrés, et le bois de chauffage soigneusement nettoyés (pour éviter que des insectes soient tués ou brûlés).

Les Bishnoïs ont toujours sur eux une pièce de coton propre qu’ils utilisent comme un filtre pour verser l’eau qui a été stockée en réservoir.

L’eau du robinet peut être bue directement.

 

9- BANI LIJO CHHAN : Etre attentif et conscient de ses paroles.

Tout comme les fluides que l’on avale, la parole qui coule vers autrui se doit également d’être filtrée de ses impuretés (égo, inimitié, critique, mensonges, mauvaises intentions, insultes, outrage) afin de ne garder que politesse, précaution, égards, intentions positives, vérité, et ne blesser personne.

Ce shahad de Jambo-ji prévoit qu’un discours emprunt de gentillesse amènera automatiquement la prospérité et la paix dans la vie. « SUBACHAN BOL SADA SUHLALI »

Les mots qui sont prononcés, tels des flèches qui sont décochées, ne reviennent jamais et peuvent causer des tors irréparables. Un adversaire potentiel avec la force de mots bien choisis peut être vaincu sans dégâts collatéraux ni effusion de sang.


10- EKSHMA HIRDE DHARO : Pardonner naturellement. Le pardon a plus d’effet que la punition

Jambo-Ji à dit dans un Shahad « JE KOI AVE HO HO KARTE, PANI HUY JAYEO »

Si quelqu’un arrive en colère, vous devez rester placide comme de l’eau et cette personne deviendra elle-même placide.

 


11- DYA HIRDE DHARO : Être compatissant.

Il faut rester bienfaisant et compatissant envers tout homme et toute créature vivante et les aider s’ils se sentent inutiles, malheureux ou souffrant.

Jeune femme Bishnoï allaitant un bébé ET un faon orphelin de gazelle

12- CHORI BARJIO : Ne pas voler ou extorquer.

Ne pas accepter la corruption et les pots de vin.

 

13- NINDA BARJIO : Ne pas dénigrer, déprécier derrière le dos, quelqu'un.

Comme le recommande Jambo-Ji : « JAMPO VISHNU, NA NINDA KARNI »

Il est plus bénéfique de passer son temps à prier Vishnou qu’à critiquer les autres

« NINDA KARE JIVARA » : ce sont les ignorants et les rustres qui critiquent le plus.

 

14- JHOOTH BARJIO : Ne pas mentir.

 

15- BAAD NA KARNO KOY : Ne pas se livrer à l'opprobre et la mauvaise foi.

Dieu nous ayant doté de deux oreilles et de deux yeux, mais seulement d’une seule bouche, nous devrions faire usage de nos sens en proportion…

 

16- AMAVAS VART RAKHNO : Jeûner et méditer la nuit de la nouvelle lune. De AMA (ensemble) et VASYA (stationner). Alignement lune, soleil, Terre…

L’absence de lune symbolise la perte générale d’énergie et de productivité. Nos corps étant en phase avec l’univers, nous devrions aussi éviter les activités physiques, les travaux, l’entreprise de projets et observer une période de jeûne, de repos et de méditation.

Les Bishnoïs se réunissent en méla (grands rassemblements de pèlerins) deux fois par an dans tous leurs les temples, lors de l’amavas Phalgun Budi (février-mars) et Ashivan Budi (septembre-octobre) le dernier jour de la phase lunaire décroissante.

Dans les foyers et dans les temples, des havan et des Pahal se tiennent deux fois par mois au cours des amavas mensuelles..

17- BHAJAN VISHNU BATAYO JOY : Réciter le nom de Vishnu en hommage à Dieu

La racine BHAJ signifie seva (service). Ce service pieu consiste à réciter le nom de Vishnou au maximum. Selon le Gourou, mourir sans avoir suffisamment récité le nom de Vishnou promet une mauvaise incarnation. Il faut réciter Vishnou.

Bien que l’on considère Jambeswar comme l’avatar de Vishnou, le gourou ,lui, préférait que l’on s’adresse au dieu « originel » Vishnou, et non à l’une de ses incarnations supposées telles que Rama ou Krishna. « Dieu lui-même en tant que tel ne peut ni naître ni mourir… »

Bhajan était une manière de détourner les gens de l’idolâtrie qui avait cours à son époque.

« PHAN PREET FITA KAR PRANI » « Oh, peuple, détournes-toi des statues »

Quelques extraits de shahads qui exhortent les Bishnoïs au bhajan :

« VISHNU VISHNU TU BHAN RE PRANI » « Il faut réciter Vishnou, Vishnu »

« VISHNU JAPNTE JEEBH JU THAKE, TO JIBHARIYE BIN SARIYO »

Si ta langue est fatiguée de prononcer le nom de Vishnou, alors, ta langue ne sert à rien

« JA JAN MANTRA VISHNU NA JAMPYO, KANDH SAHE DUKH BHARU »

 

Ceux qui n’ont pas récité le nom de Vishnou souffriront

« JAMPO VISHNOU NE DOY DIL KARNI »

Prie Vishnou avec concentration d’esprit.

 

 

 

 

18- JEEV DAYA PALANI : Être compatissant envers tous les êtres vivants.

Voir ici les shahads correspondants.

Nous, les Humains, n’avons pas le droit de tuer les autres créatures vivantes pour nous nourrir ou assouvir des besoins et des envies égoïstes. Etant incapable de créer un animal, nous ne pouvons en détruire.

JEEV DAYA PALANI est une forme d’Ahimsa (absence de volonté de tuer) que l’occident traduit par « non violence » et dont les Jaïns sont les plus stricts pratiquants. L’ahimsa est un trait essentiel dans l’Indouisme et le Bouddhisme et implique logiquement le régime végétarien pour ses adeptes. Les Bishnoïs sont strictement végétariens Ils ne mangent ni oeufs ni poissons. Ils évitent de couper les branches vertes des arbres. Ils ne chassent pas et ne cueillent pas les plantes sans raison.

Les Bishnoïs interviennent si ce niyam est bafoué ouvertement dans leurs villages. Il leur arrive régulièrement de s'interposer entre un chasseur et une gazelle, et de secourir des animaux blessés. Ce zèle a fait la réputation des Bishnoïs qui tombent parfois sous les balles des braconniers…C’est pour eux une mort digne. Ils sont fiers et courageux.


Ils mettent un point d’honneur à offrir à la faune environnante, un peu de grain et d’eau chaque jour dans la mesure de leur ressources disponibles.

 


19- RUNKH LILA NAHI GHAVE Ne pas détruire les arbres verts (c'est-à-dire non morts).

Parmi les Hindous, les Bishnoïs font figure d’exception en ce qui concerne les rites funéraires puisqu’ils ne pratiquent pas la crémation afin d’économiser le bois !

Les morts étaient seulement portés au fleuve et donné au courant. A présent, ils sont le plus souvent, enterrés, comme le fût Jambo-Ji.

Scénette dessinée illustrant le sacrifice,de Khedjarli : les femmes Bishnoï enlacent les arbres…

La pratique de l’élagage est toléré, voire encouragée dans le désert de Thar pour que l’ombre n’empêche pas le soleil de chauffer la terre en hiver où a été semé de l’arachide.

Cependant, les plus orthodoxes des Bishnoïs considèrent cette pratique comme une infraction à leur code.

 

20- AJAR JARE JEEVAT MARE : Dominer les ajars (passions)

Les Ajars sont les 5 ennemis mortels de l’Homme selon la tradition Hindouiste : convoitise, irritation, envie, avarice et attachement.)

« Brûler » ses ajars est un préalable à la délivrance promise (Moksha).

« JIVIT MARO RE JIVIT MARO, JIN JEEVAN KI VIDHI JANI »

Celui qui se sent prêt à mourir a trouvé la véritable manière d’exister.

Pour cela, il faut avoir réussi à dominer et détruire ses ajars

« VISHNU VISHNOU BHAN, AJAR JARIJE »

Réciter le nom de Vishnou aide à brûler les ajars

 


21- KARE RASOI HATH SU, AAN SU PALLA NA LAVE

Cuisiner soi-même et ne pas accepter de nourriture préparée par un fidèle d'une autre religion ou secte.

C’est une règle qui voulait protéger les Bishnoïs de l’influence néfaste de l’alcool, des drogues, de la saleté des gens de mauvaise vie qui formaient une grande majorité au sein de la population du temps de jambeswar-Ji.

De nos jours, les Bishnoïs préfèrent se marier entre eux bien que ce ne soit pas obligatoire, puisque le Bishnoïsme n’est pas une caste, afin de s’assurer que la communauté conserve une pureté physique et morale et une cohésion religieuse.

Les Bishnoïs sont libéraux. Ils acceptent la nourriture d’un cuisinier non Bishnoï à condition qu’il ne soit pas intoxiqué et qu’il ait une hygiène irréprochable.

Manger satvik (pur ou purifié…) bénéficie à l’esprit et boire satvik garantie une parole limpide…

 


22- AMAR RAKHAV THAT

Fournir un abri commun (That) pour les chèvres et les moutons afin de leur éviter l'abattoir.

Désormais, les Bishnoïs n’élèvent quasiment plus ces animaux mais préfèrent élever des buffles et des zébus. Le nom donné aux abris est respectivement gaushala et bhainshala

Ces abris collectifs sont financés et entretenus par la communauté. Ils permettent de garder des animaux dangereux, malades ou trop vieux et leur épargner l’abattoir.

 


23- BAIL BADHIYA NA KARAVE : Ne pas castrer le taureau afin de lui épargner de souffrir.

 

24- AMAL SU DUR HI BHAGE

Ne pas consommer ou cultiver de l'opium ou en faire le commerce.

Cette injonction concerne également les dérivés de l’opium, amal ou afeem en langue locale et les toxicomanes sont appelés les Amli.

Ceux qui consomment la partie extérieure des fruits de pavots (post ou doda) sont dits « posti ».

Offrir de l’opium, principalement sous forme liquide, était une marque d’hospitalité répandue dans le Rajasthan au temps de Jambo-Ji et certains anciens conservent cette tradition encore de nos jours. Les touristes étrangers qui visitent la région de Jodhpur assistent parfois à ce rituel.

Cette niyam est également une loi en Inde. Les contrevenants risquent de lourdes peines.

 

 

25- TAMAKHU SU DUR HI BHAGE : Ne pas consommer ou cultiver du tabac et ses dérivés.

 

Une des principales causes non naturelles de décès en Inde est le cancer de la bouche des mâcheurs de paan
(chique de tabac et de noix d’arec).

Il est plus rare de fumer encore la hukka (pipe à eau) comme c’était le cas dans le passé

 

26- BHANG SU DUR HI BHAGE : Ne pas consommer ou cultiver du cannabis.

 

27- MADH SU DUR HI BHAGE : Ne pas boire de boissons alcoolisées.

 

28- MANS SU DUR HI BHAGE : Ne pas manger de plats de viande ou non-végétariens

 

29- LIL NA LAVE ANG DEKTHE DUR HI TAYAGE : Ne pas utiliser de vêtements teints en bleu

En Inde antique, cette couleur était obtenue grâce à un arbre sauvage, l'indigotier (Indigofera tinctoria), et c'est aussi la couleur de la mort.

« NIL MADHYE KUTCHIL KARBA » « Le diable fait sa sale besogne en étant habillé de bleu… »

Qui plus est, les couleurs sombres, en absorbant plus de rayons solaires nocifs, sont à proscrire dans le choix des vêtements que JamboJi préfèrerait blancs ou très clairs.

Des vêtements blancs se salissent plus vite ce qui oblige ceux qui les portent à toujours surveiller leur hygiène. Ainsi, les Bishnoïs prouvent aux autres qu’ils savent rester propres et se méfient des gens qui portent des vêtements trop sombres, suspectés d’être sales et vouloir le cacher.

Kali ou Shiva sont des divinités Hindoues à la peau bleue-nuit, symbole de destruction…

 

 

 

LE GRAND SACRIFICE (saka)

Au 19ième siècle, le « massacre de Khejarli » a été reporté dans les “Annals and Antiquities of Rajasthan », célèbre livre en 2 volumes du Colonel James Tod.

En l’an 1730 de notre ère, le 10ième jour du mois de bhadrapad du calendrier lunaire Hindou (22 août au 22 septembre), soit le premier mardi de septembre dans le village de Khejarli, à 30 kms au sud de Jodhpur, région de Marwar, 363 femmes, hommes et enfants offrirent leur vie pour sauver les arbres sacrés des Bishnoïs.

Cet évènement fondateur est resté dans la mémoire collective des Bishnoïs mais aussi de tous les habitants de cette région du Rajasthan. C’est le seul sacrifice collectif de cet ordre attesté dans l’histoire de l’humanité, qui ait pour seul motif la protection des arbres.

Le Saka de Khejarli a inspiré le mouvement Chipko né en 1973 en Uttar Pradesh dont le symbole est l’embrassement des arbres.

En 1726, le gouverneur Surat Singh, s’est vu octroyer le fief de Khejarli par le Maharaja de Jodhpur Abhai Singh. 4 ans plus tard, il envoie des troupes collecter du bois de chauffage dans la région de Khejarli qui, comme toutes les terres occupées par les Bishnoïs à cette époque étaient plus boisées que les autres dans le désert de Thar. En effet, le Palais du Maharajah de Jodhpur ayant besoin d’être ravalé, il fallait beaucoup de bois pour chauffer les fours à chaux.

Aussitôt que les bûcherons entreprirent leur besogne, au son des haches et des scies, une femme Bishnoï se précipita, affolée.

Amrita Devi, Bishnoï de la caste des Jâts, du clan Beniwal, qui travaillait aux champs, expliqua que les arbres étaient sacrés pour les Bishnoïs et demanda la suspension des travaux.

Le hakim (le chef), un certain Giridhar Das Bhandari, se moqua d’elle et lui proposa qu’elle paie un dédommagement en échange de l’arrêt du chantier.

Outrée, elle se dit offensée et prononça les paroles saintes de son gourou Jambo-Ji :
“Sar santey rukh rahe to bhi sasto jan" si un arbre est sauvé, même s’il a fallu que quelqu’un se fasse couper la tête, ça en vaut la peine ». Présentant son cou dénudé, elle se sacrifia et ses trois petites filles Asu, Ratni et Bhagu imitèrent son geste. Les gardes les décapitèrent également. Ils reprirent leur travail…

Aussitôt, la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans toute la région. On vit alors accourir des dizaines de familles entières, menées par les femmes Bishnois au chevet des arbres Khejri.

Comme les plus zélés d’entre eux étaient les plus âgés, le hakim, avec cynisme fit remarquer que les Bishnoïs se débarrassent de leurs vieux par le sacrifie…Cette ultime provocation déclencha un mouvement de masse et tous les Bishnoïs présents, représentant 83 villages, rejoignirent leurs aïeux dans la lutte ce qui amena Giridhar, à faire son rapport à son prince Surat Singh qui ne voulut rien savoir et exigea que reprennent les travaux.

Le saka de 363 Sahids (martyres), femmes, hommes, enfants Bishnoïs empêcha les bûcherons d’accomplir leur mission. La troupe se retira dépitée et choquée.

Ce n’est qu’en remarquant l’étrange teinte rouge du bois ramené de Khejarli que l’on enquêta et que la terrible vérité éclata. Le Maharajah Abhai Singh ordonna que cesse immédiatement toute coupe de bois à Khedjarli.

Plus tard, après avoir puni les responsables, le Maharajah édicta un décret royal qui fut gravé sur une plaque de bronze où il est prévu que :

- La chasse d’animaux sauvages ainsi que la coupe de bois vert sont formellement interdites sur le territoire Bishnoï et alentour.

- Tout contrevenant sera pourchassé par les services de l’état et très sévèrement puni.

- Ce décret s’applique aussi aux familles princières et aux nobles.

Depuis, ce décret royal a été fondu dans la législation indienne, qui, en outre interdit toujours la chasse et le braconnage dans tout le pays.

Loi de protection des animaux de 1960 The Prevention of Cruelty to Animals Act, 1960

Loi de 1972 sur la protection de l’environnement the Wildlife (Protection) Act, 1972

Amendement de 2002           Amendement de 2006

 

 

 

Un mémorial a été élevé à la mémoire des Sahids. Un arboretum de plusieurs essences caractéristiques du Thar a été planté. Un temple flambant neuf est en construction pour remplacer le petit sanctuaire. Un réservoir d’eau (kund) y est maintenu. Y prendre un bain est une communion envers les ancêtres qui se baignèrent ici avant d’aller offrir leur vie pour sauver les khejris.

Une commémoration annuelle y prend place le 10ème jour du calendrier « Bhadra Shukla », qui tombait en 2010 un 4 septembre.

Site de du sacrifice de Khejarli : plantation d’arbres et mémorial

Le gouvernement indien remet chaque année le prix Amrita Devi Bishnoï wildlife protection award pour récompenser les initiatives prises par des personnes ou des groupes de personnes qui oeuvrent pour la préservation de la nature. La somme de 100 milles roupies en espèces leur est remise (1666€ en 2011).

En 1990, un autre prix, le Indira Gandhi Parayvaran Puraskar a été remis à Sant Kumar Bishnoï, président du comité Bishnoï de l’environ- -nement appelé Jeev Rakhsha Samity

Mais le saka ne se limite pas à Khedjarli…

En effet, depuis la fin du 15ième siècle, beaucoup d’autres sakas ont été relatés dans les anales et l’on suppose que d’autres ont échappé à toute mention écrite.

En réalité, beaucoup de Bishnoïs occupent aujourd’hui des postes à responsabilité dans des entreprises de transport ou de travaux publics. A ce titre, ils planifient des chantiers qui prévoient le terrassement radical de milliers d’hectares de nature…

 

Autres sakas du passé :

1. Ramasani Saka: Il prit place en 1604 de notre ère. Deux femmes, Karma et Gora, sacrifièrent alors leur vie. Vilhoji, un saint Bishnoï érudit et lettré, écrivit leur histoire.

2. Polas Saka: il se produisit en 1643. Bucha Ram Achera dit Buchoji se sacrifia. Le Thakur (gouverneur) de Rajod avait ordonné l’abattage d’arbres verts.

3. Tilwasni Saka: Khivji, Mota et Netu Nain offrirent leur vie pour s’opposer à l’abattage d’arbres verts par Kripa Bhati; Le poète Vilhoji mentionna cet événement dans son recueil « Tilwasni-sakhi » sans hélas en rapporter l’année.

Ramasani et Tilwasni sont situés près de la ville de Bilari, à environ 60 km à l’est de Jodhpur. Cet événement est resté dans la mémoire du peuple.
Polas est un petit village sur la route Ajmer-Nagaur, où un festival est organisé chaque année pour commémorer le martyre.



SAKAS CONTEMPORAINS ET AUTRES FAITS MARQUANTS :

19 mai 1939 : Chuna Ram Godara, 22 ans du village Rihicha Kalan mort pour avoir voulu sauver une gazelle. Il a été, comme les suivants, abattu par balle par les braconniers.

1947 : Dhukal Ram Mall, village de Rotu, s’est opposé à une chasse organisée par le Thakur (prince, gouverneur) de Magrasar

12 avril 1947 : Chimana Ram Manju, 31 ans, et son frère Pratapam, 29 ans, village de Barasan, même cause…

3 février 1950 : Arjun Ram Panwar, 36 ans, village Bhagtasani,

15 mai 1963: Ganga Ram Isarwal, 35 ans, Cherai

17 décembre 1977 : Birbal Ram Khichar, 30 ans, Lohawat où une statue a été érigée.

Le 3 octobre 1996, Nihal Chand Bishnoï, 35 ans, du village de Badanu, a perdu la vie alors qu’il voulait protéger un animal. Il a reçu les honneurs posthumes des autorités. Son histoire a été adaptée au cinéma dans le film “Willing to Sacrifice”, qui a reçu le prix du Meilleur film d’environnement au 5ième Festival International du documentaire, de la TV et Video de Bratislava, Slovaquie.

Le 1er octobre 1998, la star du cinéma indien Bollywood, Salman Khan, de confession musulmane, eut le caprice de vouloir abattre une antilope pour son repas. Il a été pris la main dans le sac par des Bishnoïs et appréhendé. Deux antilopes cervicapres, espèce endémique protégée ayant été abattues.

Ce fait divers a déclenché des émeutes et des grèves de la faim retentissantes et a fini par prendre une tournure politique dans un contexte électoral. Il a été condamné en 2006 à 5 ans fermes.

Depuis, et à leur corps défendant, les Bishnoïs jouissent d’une célébrité mondiale dont ils se passeraient bien.

 

VIDEO DE SALMAN KHAN



8 septembre 2000 : Ali Mohammed, Ummaidganj, ayant voulu sauver un paon.

26 avril 2006 : Ganga Ram Jani, Nehara Kalla

2008 : Harji Ram, 68 ans, Meharana, PENJAB voulant sauver une antilope nilgaut (Boselaphus tragocamelus). Voir photo ci-dessous.

Autres faits divers récents: Des Bishnoïs s’en prennent violement à un officier de l’armée qui avait tiré une gazelle. D’autres groupes activistes empêchent un hélicoptère de l’armée de décoller avec à son bord un gradé qui avait tué une antilope lors d’une patrouille en vol…

Une équipe de tournage française pour un reportage diffusé sur ARTE sur les Bishnoïs qui vénèrent les nilgauts.

 

La communauté Bishnoï décourage le premier ministre du Penjab qui souhaitait autoriser la délivrance de permis de chasse aux paysans dont les cultures sont dévastées par des hordes d’antilopes Nilgaut.

Si une seule antilope est mise en joue par un tireur, les bishnoïs s’interposeront ! Les bishnoïs se disent prêts à se sacrifier pour sauver les Nilgauts et les autorités prennent la menace très au sérieux ! Le premier ministre renonce

Il semble que le Saka de Khejarli et la bravoure des Bishnoïs en général ait dépassé les frontières et inspiré le mouvement Chipko, né en 1973 dans l’état voisin de l’Uttarpradesh


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Adresses et coordonnées des lieux cités : ici
Vidéo ici                                              

 

VIE QUOTIDIENNE DES BISHNOÏS

ELEMENTS D’ETHNO-BOTANIQUE ET D’ECONOMIE RURALE

Toutes les communautés rurales de l’Ouest de l’Inde ont en commun cet art de vivre en milieu aride qui s’est transmis de génération en génération depuis au moins 4 millénaires et qui continue d’avoir cours de nos jours.

Les pratiques ont évoluées au cours des siècles à la faveur des changements de climat et des prérogatives des états régnants.

Les Bishnoïs montrent de manière évidente à quel point les religions peuvent avoir des répercussions sur l’environnement et le guru Jambo-Ji avait bien compris que dans le désert de Thar plus qu’ailleurs, la compréhension des écosystèmes et la bienveillance envers la nature sont des conditions indispensables à la survie.

Ainsi, les Bishnoïs ont poussé à l’extrême ce que faisaient ou pensaient déjà bien avant eux, leurs ancêtres du désert de Thar, issus de toutes les castes et sous-castes (gotras) rurales de la région. Bien que les effets du développement économique de l’Inde aboutissent à une standardisation des modes de vie et à une perte identitaire, on peut encore, dans des endroits préservés, constater l’impact bénéfique du Bishnoïsme sur environnement.

Par exemple, conscients de l’importance de la végétation pour leur survie et celle de la faune, les Bishnoïs ont créé les premières réserves naturelles du monde. Leurs oran ( prononcer « oranne » ou « olanne »), se trouvent le plus souvent à proximité d’un temple. On peut véritablement parler ici de sanctuaire. Il s’ agit de vastes terres bien boisées qui ont été entretenues et protégées par des générations de familles Bishnoïs selon une gestion communautaire contrôlée par les panchayats (sorte de conseil municipal des anciens).

Ainsi, grâce aux Bishnoïs, on peut encore marcher dans des bois d’essences différentes selon le sol, sous l’ombre bienfaisante, et observer de nombreuses espèces d’oiseaux, d’insectes, de reptiles, et de mammifères. Ces réserves communautaires sont exemplaires !

Les oran ne sont pas clôturés et leur accès est libre. Des pièces d’eau y sont entretenues par les éleveurs Bishnoïs ou non, qui y font paître leurs animaux.

Bien sûr, la coupe d’arbres verts est interdite et l’utilisation des ressources doit rester mesurée.

Près de Jodhpur, l’oran de Kolu Pabuji qui compte 9 naadi (étangs) est une plaine herbeuse assez vaste pour y accueillir des espèces caractéristiques comme les gangas et les courvites et parfois aussi des outardes…Des milliers de grues Demoiselles de Namibie en profitent pour y faire halte en toute sécurité.

Outre les oran et les terrains où sont bâtis les temples, il est impressionnant de voir à quel point la vie foisonne en territoire Bishnoï. En traversant leurs villages ou leurs fermes, sur les routes de campagne, la faune abonde ! Le paysage est plus vert, il y a plus d’arbres sur pied, les fils électriques et les clôtures sont couvertes d’oiseaux perchés de toutes sortes, les rapaces sont plus nombreux à planer dans le ciel et des centaines de gazelles et d’antilopes égaient le paysage de dunes et de broussailles.

On sait quand on entre chez les Bishnoïs ! Nul besoin de panneau indicateur !

Plusieurs manières de stocker l’eau si précieuse dans le désert de Thar et qui attire une faune variée

Les Bishnoïs, comme les autres habitants du Thar, on appris à utiliser les végétaux à bon escient et avec parcimonie.
Leur connaissance en botanique associée à leur maîtrise de l’agriculture en zone aride leur ont permis d’atteindre des niveaux de vie plus hauts que la moyenne, voire parfois d’obtenir des revenus important et jouir ainsi d’une belle prospérité que leur envie nombre de citadins. Il est clair que la préservation de l’environnement est la stratégie qui paye !

La visite d’une ferme près de Sikar, à 120 kms au nord-ouest de Jaïpur m’a donné l’occasion de chiffrer ce « miracle » de Jambo-Ji et de mesurer une fois de plus l’importance viscérale de l’arbre Kedjri (Prosopis cineraria) pour les habitants de la région :

Sur 16.5 hectares, on y produit surtout des céréales et des légumineuses. Mais ce qui permet à la famille de 11 personnes d’être quasiment autosuffisante et de dégager des profits honorables, c’est le complément que procure l’exploitation raisonnée des plantes sauvages ! La récolte de baies, de gousses, de fruits, de graines, du feuillage qui selon la saison poussent sur leur exploitation de manière spontanée, leur fournit des aliments, des condiments, des cosmétiques, des remèdes et du fourrage pour leur consommation personnelle ou pour la revente sur le marché.

Les herbes, arbustes, et autres graminées sauvages poussent donc librement et les insectes, oiseaux, mammifères qui s’y abritent sont les bienvenus !

Le gouvernement Indien aide les paysans à se fixer sur leurs terres et à devenir propriétaires grâce à des prêts à taux bas, des exonérations de charges et à un support technique gratuit. Le captage d’eau et le système de pompage sont aussi gratuits; L’eau collectée dans 3 puits tubulaires (voir photo ci-contre) irrigue les cultures dont la productivité est accrue en conséquence. La consommation électrique s’élève à 10,000 roupies par mois (environ 166€).

Les 2 vaches et les 4 buffles produisent environ 40 litres de lait par jour. 5 litres vont aux besoins du foyer qui le transforme en fromage ( panir) ou yogourt (dahi), beurre (ghee) et petit lait. Les 35 litres restant sont vendus au marché à 20 roupies le litre (environ 33 centimes d’Euro). Rien qu’avec le lait, la ferme génère donc 700 roupies (11.5€) par jour soit 255,500 INR par an (4258€) sauf quand les vaches ont des petits. Il s’agit donc d’une moyenne…

Les 30 arbres Khejris sont élagués en hiver pour éviter que leur ombre ne filtre les rayons du soleil avant qu’ils n’atteignent la terre où a été semée du blé et de l’arachide…On conserve cependant toujours une ou deux branches feuillues à la cime des Khejris. Il est original de voir ces silhouettes se dessiner dans le contre-jour sur la plaine du Rajasthan. Tous ces arbres tondus surmonté d’une houppette…

Les feuilles des Khejri constituent un fourrage, loong, très nutritif pour le bétail dont le lait, plus gras et plus riche est très recherché par les consommateurs végétariens pour qui l’apport en protéines est vital.

Ce n’est pas tout ! Au printemps, l’arbre-roi du Thar, le Khejri, qui est une légumineuse, donne des fruits comestibles en forme de gousses, appelés sanguri, très nutritifs qui se vendent dans les 180 INR au kg. Chaque arbre produisant environ 80 kgs de ce trésor vert, les 30 Kedhris rapportent 7200 € / an !

Ornement laissé en offrande sur une branche de Khejri dans un temple. Vue général et détail d’un Khejri.
Gousses du Khejri (sanguri) et autres constituants du plat traditionnel le panchkuta (« panch » qui veut dire 5 en Hindi, car 5 constituants).
Les Bishnoïs se régalent des baies du jujubier d’Inde, Bêr (Ziziphus mauritiana)
qui sont gorgées de vitamines C. Certains le cultivent. Il revient le plus souvent aux femmes de collecter cette manne à la saison qu’elles revendent à bon prix sur les marchés. Les baies sont également utilisées en médecine traditionnelle pour traiter les ulcères et les désinfecter les plaies. Toutes les parties de ce petit arbre ont des vertus officinales. En outre, le bêr, grâce à ses racines qui fixent le sol, ralentit l’érosion, tout comme un autre arbuste, le kêr (Capparis decidua), moins imposant mais tout aussi prolifique qui donne des sortent de haricots logés dans des gousses que l’on consomme cuits ou marinés en pickles.
Le latex cardiotoxique du pommier de Sodome (Calotropis procera), ou aak, est utilisé par les Bishnoïs pour soigner les dromadaires parasités. De ses fibres séchées, on tire d’excellentes cordes pour lier le chaume des toits.

Une autre spécificité des Bishnoïs met en évidence l’impact des niyams sur la vie quotidienne et sur le milieu : C’est la préférence à l’inhumation des défunts plutôt que l’incinération pratiquée par la plupart des autres hindous du pays.
La raison est claire, 11voir niyam n°11 : RUNKH LILA NAHI GHAVE qui interdit de couper du bois vert…

Les Bishnoïs, conscients du rôle majeur des arbres sur le milieu, et reconnaissants pour les ressources qu’ils leur procurent, ont décidés de ne plus brûler de bois pour leurs morts...

La cuisine est préparée sur des foyers en terre cuite alimentés par du petit bois sec ou des galettes de bouses de vaches séchées. Les bouses sont récupérées fraîches par les femmes qui les font sécher au soleil, souvent collées sur un mur bien orienté. Le surplus est employé pour amender les jardins.

Galettes de bouses avec l’emprunte de mains des ramasseuses… Tumba (Citrullus colocynthis), coloquinte sauvage du désert préparé comme légume d’appoint, conservé une fois desséché.

 

 

La vie quotidienne…

L’habit traditionnel des Bishnoïs est globalement identique à celui des autres habitants du Rajasthan rural : Les hommes portent des vêtements blancs lors des cérémonies ou de couleur claires.

La tête est coiffée d’un turban. Une longue chemise de coton sans décoration ou kourta tombe jusqu’aux genoux sur le dhoti , sorte de pagne ample plissé en lin ou coton uni et resserré aux chevilles. Les pieds nus sont chaussés des babouches du Rajasthan à l’extrémité parfois retroussée appelées majoris.

Les femmes Bishnoï qui sont admirées pour leur élégance, leur silhouette fine et élancée, leur grande taille, leur regard fier et envoûtant, aiment les vêtements colorés.
Les femmes portent des robes aux motifs géométriques reconnaissables. Leurs bijoux aussi sont caractéristiques :

L’ornement nasal appellé nath ou badorio (1) porté dans les campagnes indiennes par les femmes mariées, prend chez les Bishnois une forme caractéristique de demi lune. Pour les occasions spéciales, elles arborent au milieu du front le borla (2) et sur la poitrine un collier, le lagar (3), portant une épaisse barrette d’or finement ciselé, incrusté de pierres précieuses.

L’habit traditionnel des paysannes du Rajasthan se compose du voile, odhni, d’un corsage très serré à manche courte laissant voir le ventre, le choli ou plus long, le Kanchali. Elle porte parfois une chemisette à manches courtes, la kourti. La jupe longue s’appelle une ghaghara.

En Inde, le vêtement est un très bon indicateur du rang social, de l’âge, de l’identité communautaire des femmes qui, selon qu’elles soit impubertes, jeunes mariées, veuves ou célibataires l’expriment par les couleurs, les motifs, les coupes des habits et des ornements qu’elles exhibent à dessein.

La maison traditionnelle du Rajasthan est une hutte circulaire au toit de chaume. Le pisé d’argile naturelle enduit de bouse de vache est un excellent isolant thermique. Le sol, les murs, les cloisons, les terrasses sont faits du même matériau. Le millet est stocké dans des réserves pour l’année suivante. Même en plein été les silos et l’intérieur des cases conservent une température fraîche.

Les hameaux blottis dans les dunes, souvent entourés d’une haie d’épineux, sont parfaitement intégrés dans le paysage. Ils ne sont installés que là où un peu d’eau est disponible sous le sable.

Champions de l’autarcie, les Bishnoïs fabriquaient eux-mêmes quasiment tout le nécessaire : la maison en pisé et son toit de chaume, l’âtre en argile et les meules à grain, les lits aux matelas tressés de fibres naturelles, les outils agricoles, les ustensiles de cuisine…

Chaque foyer possède un autel pour rendre grâce à Vishnou et Jambo-Ji. Dans les familles Bishnoïs plus riches, le moulin électrique a remplacé la meule en pierre.
Cette femme Bishnoï puise de l’eau au puits dans sa nouvelle demeure en pierre de grès ro

 

 

Les temps changent….

Le développement économique et industriel de l’Inde qui s’accélère depuis une dizaine d’année est synonyme de progrès pour les Bishnoïs qui veulent en profiter. Déjà, la physionomie du paysage du désert de Thar a changé de manière irréversible et ce bouleversement en profondeur n’est qu’un début.

Le gouvernement ayant mis les bouchées doubles, le « progrès » arrive enfin dans les campagnes.

Grâce à l’effort des instances régionales, les Bishnoïs accèdent à la propriété privée. Ils se regroupent et achètent des terrains supplémentaires.

Beaucoup de Bishnoïs ont depuis longtemps quitté leurs villages pour aller en ville étudier et travailler.

Peuple fier et courageux, ils ont le sens de l’entreprise et parviennent souvent à réussir dans les affaires. Le secteur des transports routiers par exemple est très prisé.
Avec l’explosion démographique et l’essor de la croissance, les villages deviennent de petites villes.

Ainsi, une grande partie de la communauté Bishnoï est citadine, s’habille à l’occidentale et adopte le mode de vie artificiel des citadins en perdant leur identité. La jeune génération ne semble plus inspirée par la culture de leurs ancêtres. Les jeunes ne suivent plus les 29 niyam et leurs parents ont bien du mal.

Dans les campagnes, les maisons de brique, signe extérieur de richesse par excellence, comme nos maisons Phoenix, poussent comme des champignons. Les moyens financiers permettent aujourd’hui à des millions de familles de réaliser un fantasme universel, les pouvoirs publics accordant des facilités d’accès à la propriété privée…

Les huttes en pisé blotties entre les dunes ne sont plus qu’un souvenir..ou presque !

Pourtant, les Bishnoïs s’accordent à dire que rien n’égale la qualité du pisé pour l’isolation. Mais l’abandon de leur mode de vie ancestral au profit d’équipements modernes, de l’eau courante et de l’électricité, est vécu avec sérénité par les anciens qui sont parties prenantes dans les familles.

Le réseau routier s’améliore, la télé égaie les soirées d’hiver, les engins agricoles et les tracteurs que l’on peut acheter en coopérative grâce aux facilités d’emprunts des banques, soulagent la peine des hommes et des bêtes…

Les Bishnoïs sont aussi des hommes d’affaire…
Ici un entrepreneur au téléphone, dans son village vacances à thème, qu’il a ouvert récemment.
Contraste surprenant de deux mondes qui se rencontrent et fusionnent…
Les Bishnoïs se sont adaptés au modernisme… Ils ne semblent pas regretter les temps passés.
Le secteur des transports est privilégié pour les Bishnoïs qui veulent créer une entreprise.

Ceux qui sont concernés craignent le zèle des Bishnoïs quand il s’agit de protéger la nature et tous reconnaissent leur bravoure et saluent leur engagement, mais la réputation des Bishnoïs est loin de faire l’unanimité dans le Rajasthan. Jalousie et convoitises alimentent sarcasmes et moqueries de la part de leurs voisins qui considèrent les « hommes-gazelles » comme des gens arrogants et hautains extrêmement farouches et soupçonneux à l’égard des étrangers qui foulent leur sol, et qui cachent, derrière leur air indolent et amical, rudesse et agressivité.

Ils sont supposés adorer trois choses : ishq, khaan-paan et chori : flirter, voler, et se débaucher. On dit qu’un père doit s’assurer auprès de sa future belle famille que son futur gendre a déjà volé au moins une paire de sandales, avant d’autoriser le mariage. Le vol figurerait même parmi leurs fameuse 29 règles…L’usage de l’opium, encore répandu au sein de cette communauté, finit de noircir le tableau.

Selon mes informations, Les Bishnoïs seraient impliqués dans des dérives…Mais je n’ai pas demandé plus amples détails et autres preuves de ses allégations qui assurent qu’ils pratiquent le chantage et l’extorsion et d’autres magouilles concernant des acquisitions de permis de construire ou droits d’exploitation, corruption d’élus locaux, sous-de-table et clientélisme…

 

L’avenir….

Comme pour réagir à l’abandon des us et coutumes ancestraux par les jeunes Bishnoïs et les nouveaux citadins, un groupe d’intervention a été créé, le Bishnoi Tiger Vanyajeev Evam Paryavaran Sansthan (BTVPS) ou Tiger force commando, rattaché à l’association de défense des Bishnoïs et leur culture le Guru Jambeshwar Vanya Jeev Paryavaran Vikas Sansthan

Dès qu’un cas de maltraitance à l’égard des animaux leur est connu, ils interviennent ! Ils diligentent sur place des membres de leur groupe pour constater une infraction et le signaler aux autorités. Ces dernières étant parfois lentes à réagir, le « commando des hommes en blancs » se chargent de l’enquête, de la recherche des coupables et de leur arrestation. Il est de notoriété publique que les braconniers préfèrent mille fois avoir à faire à la police plutôt que de subir le courroux des Bishnoïs qui, par le passé savaient comment décourager la récidive en usant de méthodes expéditives très efficaces bien qu’illégales…

Récemment l’acteur indien Salman Khan s’est lourdement trompé en croyant naïvement que le fait d’avoir tirer deux gazelles lors d’un safari nocturne illégal, ne pourrait l’amener derrière les barreaux, se croyant immunisé par son auréole Bollywoodienne…C’était sans compter sur la pugnacité des Bishnoïs et leur énorme popularité dans la région. Le fautif a été écroué…


Grâce à un réseaux étendu d’informateurs répartis dans tous les villages autours de Jodhpur, munis de téléphones cellulaires, fournis gracieusement par le BTVPS, les chevaliers du déserts, alertés, foncent au chevet de leurs petits protégés à bord de leur 4x4 également acheté par la communauté. Tels des pompiers volontaires, ils n’hésitent pas à quitter leur travail pour exécuter leur mission salutaire.

Ils ont été formés par le docteur Rathore pour dispenser les premiers soins mais quand les victimes semblent trop atteintes, ils les rapatrient au centre de soin du zoo de Jodhpur.

Dans une province où l’on déplore plus de mille morsures de chiens chaque année, souvent enragés, il parait étonnant que rien ne soit fait pour remédier à une telle situation…D’autant que les chiens sont responsables de 70% des blessures des chinkaras et la petite faune du désert.

Les chiens errent en bandes dans les villes et les campagnes où ils se comportent comme des loups ce qui n’empêche pas les Bishnoïs d’être amical envers eux…Cette apparente contradiction s’explique par une bienveillance envers TOUS les animaux, qu’ils soient chiens, gazelles, ou rats…

Et aucun Bishnoï ne se permettrait de molester un chien même si ce dernier s’attaque aux gazelles sacrées…Les politiques locales de contrôle piétinent…Les hindous ont des lois qui les empêchent d’intervenir de manière radicale et le problème des chiens est une catastrophe nationale…

En été, les bénévoles du « tiger force » sont complètement dépassés ! En effet sur un terrain alourdi par les pluies, les gazelles qui veulent s’enfuir sont ralenties et finissent sous les mâchoires de leurs poursuivants, ou sous le feu de leurs chausseurs. Ainsi, le docteur Rathore, du zoo de Jodhpur, soigne jusqu’à 55 animaux par 24 heures ! Une hécatombe…

Ramniwas Bishnoï, leader du « Bishnoi tiger force » interroge et sermonne un braconnier qui vient d’être appréhendé en flagrant délit. Il disposait d’un filet et d’un fusil à poudre. Des peaux de renards et de gazelles ont été saisies dans son village. Il risque la prison ferme. Les Bishnoïs s’assureront que cet homme de la communauté Bhil, purgera bien sa peine et ne recommencera pas…

Ramniwas nourrit un chinkara et un nilgaut
Ramniwas téléphone au département des eaux et forêts pour signaler l’abattage illégal d’un Khejri
Protestation publique et pacifique d’un groupe d’activistes pour exiger des mesures plus fermes.
pour protéger la faune et les arbres
Ramniwas Bishnsoï recoit une paire de jumelles des mains d’un représentant du gouvernement en récompense de son engagement.


Les femmes Bishnoï mettent un point d’honneur à

allaiter les faons orphelins de gazelles et d’antilopes

Que ce geste d’amour et de compassion nous inspire!

 

Bruno Delaroche et Harsh Vardhan



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